Perspectives démographiques

Publié en 2010
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La dernière prévision des Nations Unies sur l’évolution de la population mondiale d’ici la fin du siècle s’élève, en hypothèse moyenne, à 11 milliards d’individus.

La démographie est un champ où les prévisions sont réputées plus faciles et plus fiables qu’en tout autre domaine. Pour autant, alors que barre des 6 milliards venait tout juste d’être franchie, les Nations-Unies chiffraient la population mondiale en 2100 à 9, 3 milliards. En quinze ans, elles ont majoré cette prévision de 2 milliards, ce qui décrédibilise l’exercice et donne à penser que le résultat publié est influencé par la volonté de ne pas inquiéter. Par ailleurs, il s’agit d’une hypothèse dite moyenne, une hypothèse haute évoque un chiffre supérieur à 16 milliards cependant que l’hypothèse basse prévoit une certaine régression par rapport à la situation actuelle.

L’ampleur d’une telle fourchette enlève tout intérêt à la prévision puisqu’elle reconnaît comme possibles des risques opposés auxquels on ne peut se préparer simultanément.

Supposons qu’on retienne l’hypothèse moyenne comme crédible. Passer de 7, 3 milliards à 11 dans l’espace d’une vie humaine constitue un véritable défi pour la planète, d’autant plus difficile à relever que de nombreuses ressources non renouvelables sont en voie d’épuisement. Mais cette approche globale cache un défi beaucoup plus sérieux encore : la croissance n’interviendra que dans une partie seulement du monde. Essentiellement l’Afrique, en particulier le Nigeria qui détiendra la 3e population mondiale après l’Inde et la Chine. La population d’une autre partie du monde augmentera modérément et une autre, l’Europe, y compris la Russie, va voir sa population régresser en valeur absolue, et vieillir. La population active y baissera donc plus rapidement encore. Les pays qui vont croître le plus rapidement sont pauvres, inorganisés, souvent perturbés par des conflits ethniques ou religieux et leur croissance va se produire essentiellement dans les villes, notamment les plus grandes. La Banque mondiale considère que la tendance à la concentration urbaine ne doit pas être vue comme un handicap, mais comme une chance. Cela est peut-être vrai, mais seulement là où existent capacité d’investissement et maîtrise politique, c’est-à-dire dans une minorité de cas.

Il est difficile d’imaginer que les pays dont la population va ainsi augmenter puissent simultanément résoudre leurs problèmes actuels et faire face à l’explosion démographique et urbaine qui les attend.

Les hypothèses de moindre croissance reposent sur une baisse du taux de fécondité qui s’accélèrerait et sur l’éventualité d’un taux de mortalité qui régresserait moins vite que dans la période récente. Certes, des pandémies et des épidémies, comme celle du sida ou des conflits pourraient avoir un coût démographique important. Mais des événements aussi catastrophiques que la grippe espagnole (50 millions de morts) et les deux guerres mondiales (respectivement 20 et 60 millions de morts) ne feraient perdre en fin de compte que quelques années de croissance.

Il est évident qu’on ne peut imaginer une Afrique dont la population triplerait à côté d’une Europe en implosion démographique sans que se créent de puissants flux migratoires, sans commune mesure avec ce qu’on connaît aujourd’hui. Cela, d’autant plus que la vieille Europe manquera de bras. Le même phénomène se produira également, à moindre échelle, entre d’autres bassins démographiques.

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