Malades de la liberté

Publié en janvier,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les populations des pays développés, tout spécialement les Français, donnent l’impression de souffrir d’un malaise, plus ou moins intense, mais très général.

La consommation d’anxiolytiques atteint des sommets. Les hôpitaux psychiatriques sont saturés. La consommation de drogues et autres addictions ne cessent d’augmenter. Les agressions contre des personnes par des déséquilibrés se multiplient. Les besoins de psychologues ou de coachs se généralisent.

L’ensemble de ces faits traduit une difficulté des individus à faire face aux exigences de la vie moderne.

L’homme est un animal social et l’équilibre entre les libertés individuelles et les contraintes de la participation à une collectivité a toujours posé problème à certains ; leur généralisation est un phénomène nouveau.

La contrainte sociale est la condition qui permet à la société d’intégrer l’individu et de lui apporter, en contrepartie, un bénéfice de solidarité, de prévisibilité et de sécurité.

Les liens traditionnels par lesquels se construit l’intégration au groupe se sont largement défaits.

La communauté physique que représentait le village ou le quartier a disparu avec le développement des mégalopoles et la dissociation des lieux d’habitat et de travail ; la mobilité exigée de tous a un effet semblable.

La religion n’est plus créatrice de liens sociaux ; la paroisse n’est plus une entité vivante englobant toute la population vivant dans son périmètre, les prêtres ne sont plus les  consolateurs des âmes en peine.

Les grandes communautés de travail dont on était membre à vie – l’agriculture, les mines, le rail, la poste, etc… – façonnaient des destins communs, une culture et des solidarités. Elles ont disparu.

Le rôle de la famille s’est érodé : la cohabitation des générations a cessé, la famille nucléaire l’a emporté, suivie de la famille monoparentale ; les fratries se sont réduites, souvent dispersées entre familles recomposées et lieux éloignés.

L’individu est donc de plus en plus seul alors que les évolutions de l’environnement ont rendu celui-ci plus difficile, moins prévisible, requérant en permanence de nouvelles adaptations, c’est-à-dire l’abandon de l’acquis en matières de travail, d’habitat, de compagnonnage de travail ou de vie.

Aucune évolution sociétale n’est instantanée ni universelle : il y a des îlots de résistance, le plus souvent épargnés par les difficultés économiques et disposant d’un bon niveau d’éducation, mais ce n’est plus la majorité.

Socialement seuls, les autres sont en outre confrontés à des difficultés économiques dues au libéralisme dont le « chacun pour soi » est le crédo. C’est ce qui les conduit aux comportements constatés ci-dessus mais aussi à adhérer à des sectes, à se convertir à des religions communautaristes, à participer à des communautés virtuelles, à adhérer à des partis politiques affichant la volonté de recréer une communauté très protectrice, ou tout simplement à manifester dans la rue pour se ressentir membres d’une collectivité et se convaincre de la permanence de liens de solidarité.

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