L’immigration en France

Publié en janvier 2020

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’immigration en France ne date pas d’hier. Sans remonter jusqu’aux tous premiers peuplements, on peut rappeler l’arrivée des indo-européens, puis celle de nos « ancêtres les Gaulois » il y a 2500 ans, puis celle des barbares.

Les données précises sur ces mouvements de populations sont peu nombreuses et le temps fait disparaître les distinctions, de sorte que ce que l’on considère à un moment donné comme le peuple d’accueil n’est, au fond, qu’un amalgame dont on cesse de distinguer les composants. Les immigrants se sont intégrés, en faisant évoluer plus ou moins la population d’accueil, selon leur nombre, leur lieu d’arrivée et surtout selon qu’ils arrivent en force comme les Romains ou de manière pacifique.

Déterminer avec rigueur le nombre d’immigrés est rendu difficile par le caractère instable des frontières. Le territoire de la France s’est rétréci ou au contraire agrandi selon les époques : faut-il considérer les Savoyards et les Niçois comme des immigrés ? La notion d’étranger elle-même a beaucoup évolué : c’est généralement l’habitant du village voisin qui a pendant longtemps tenu ce rôle.

L’organisation de l’Algérie en départements français a-t-il fait de ses habitants non français des immigrés ? Et l’annulation du décret Crémieux retirant aux juifs leur nationalité, en a-t-il fait des immigrés ? Par ailleurs, beaucoup d’immigrations ont un caractère temporaire, notamment celles qui sont liées aux opérations de guerre ; elles n’en laissent pas moins quelques séquelles démographiques plus ou moins significatives.

On peut estimer qu’au début du XXème siècle la population immigrée dans le territoire de la République devait être de l’ordre de 1 million, principalement issue des voisins européens, Belgique, Allemagne et Suisse, sur une population totale de 40 millions. L’institut national des études démographiques estime ce chiffre à 6,5 millions aujourd’hui, auquel il faut ajouter les clandestins, par nature difficiles à dénombrer. Un rapport parlementaire estime que pour le seul département de la Seine-Saint-Denis, ce dernier est de 150 000 au minimum. Pour la France entière, le chiffre pourrait donc être de 400 000 ou davantage ce qui porterait le total à 7 millions au minimum.

L’influence sur la société d’accueil n’est pas définie par ce seul chiffre ; le million de 1900 a été suivi de beaucoup d’autres morts depuis. Leur nombre est difficile à déterminer mais depuis le début du 20ème siècle, il pourrait tourner autour de 3,5 millions.

Les descendants de première génération ne peuvent pas davantage être estimés avec prévision, notamment parce que leurs parents vivants ou décédés peuvent être naturalisés au moment de leur naissance et parce que les parents peuvent n’être immigrés que d’un côté. L’INED évalue à environ 30 le pourcentage des enfants nés au cours des années récentes, ayant au moins un parent étranger. Leur nombre total avoisinerait 7,5 millions. Au total il y aurait donc 7 millions d’immigrés vivant en France et sept millions et demi de descendants de première génération.

Il est à la fois difficile de déterminer le nombre de descendants de la deuxième ou troisième génération et leur spécificité se perd.

La place prise par l’immigration dans le débat public peut étonner quand on compare le nombre de nouveaux migrants par rapport au nombre de ceux qui les ont précédés. Sans doute est-ce dû, côté migrants, à une plus grande visibilité due notamment au communautarisme, et du côté de la population d’accueil, au fait qu’elle se sente menacée également par d’autres évolutions mettant en cause son avenir : la technologie et la mondialisation les rendent peureuses.

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