L’Europe ou la nation?

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Agir exige en premier lieu de définir les horizons de temps et d’espace que l’on se fixe. Pourtant, on ne le fait que rarement, parce que les démarches correspondant à des horizons différents sont non seulement différentes, mais le plus souvent opposées. On peut l’illustrer en rappelant qu’améliorer les résultats à court terme d’une entreprise passe notamment par la réduction de dépenses d’avenir comme la recherche, la formation ou la publicité, alors que ces dépenses sont au contraire essentielles pour assurer l’avenir.

Ne pas énoncer clairement les horizons par rapport auxquels on définit ses objectifs est parfois volontaire. Le but peut être de dissimuler le fait que certains objectifs auxquels tiennent certaines parties prenantes ne seront pas poursuivis. Mais plus généralement, ce phénomène est une source d’incompréhension et donc d’inefficacité.

La relation entre la Commission européenne et les États membres constitue une bonne illustration de ce principe. Dans ses actions, la Commission recherche légitimement une optimisation globale alors que chaque État la recherche à son niveau. Ainsi, un projet industriel pouvant entraîner la création de 1 000 emplois s’il est localisé au meilleur endroit aura la préférence de la Commission, quelle que soit la localisation idéale, alors qu’un État préférera que l’implantation se fasse chez lui, même s’il ne peut prétendre qu’à un développement plus limité. La volonté des autorités européennes de réduire le pouvoir des États membres ne repose donc pas seulement sur la volonté d’accroître leur pouvoir, mais sur le fait que l’optimisation de l’espace européen, qui relève de leur responsabilité, n’est compatible que fortuitement avec la volonté de chaque membre.

Mutatis mutandis, c’est ce que les gouvernements successifs en France ont fait pendant mille ans, au détriment des régions. Les grands empires se sont au contraire effondrés pour n’avoir pas recherché l’optimisation au niveau global, sans pour autant laisser à chaque composante la possibilité de la rechercher à son niveau.

Le choix d’un horizon de temps a la même importance, même s’il n’existe pas de frontières aussi claires entre le court, le moyen et le long terme.

La gouvernance, si souvent évoquée à propos de méthodologie, devrait avoir pour préalable de définir et faire connaître les horizons de temps et d’espace qu’elle fixe à ses décisions.

Il faudrait en particulier être attentif à préserver le long terme : les démocraties, pressées par des opinions publiques qui ne pensent qu’à elles, c’est à dire à « l’ici » et au « maintenant », ont naturellement tendance à privilégier le court terme.

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