Les voies de l’avenir

Publié en 2012
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le chômage est une préoccupation générale et légitime des peuples et de leurs dirigeants.

En raison du progrès technologique, la productivité du travail augmente régulièrement, probablement autour de 3 % par an (plus dans le secteur marchand, moins dans le secteur administré). Le COR, (conseil d’orientation des retraites) pose l’hypothèse d’un progrès de la productivité de 1, 8 % par an. On peut le considérer comme timide et résigné.

Pour maintenir l’emploi il faut donc un taux de croissance de même niveau et, si on veut revenir au plein emploi, sans doute faut-il tendre vers un taux de croissance de 3 % par an au minimum.

Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’en trente années, la taille de l’économie devrait doubler !

Faut-il donc que le marché français s’élève à 4 millions de voitures par an au lieu des 2 actuels ? Que les consommateurs absorbent deux fois plus de calories quotidiennes ? Que l’on construise deux fois plus de TGV et ainsi de suite ?

Certes, il y a encore des besoins insatisfaits, en matière de logement par exemple, mais pas tels que leur satisfaction puisse représenter l’équivalent de ce qui existe.

Doubler ce qui existe serait donc absurde. Ce serait, au demeurant, contre-productif : le doublement du parc automobile par exemple serait plus créateur de nuisances que d’utilité et on pourrait en dire autant de la plupart des consommations, en raison notamment des limites physiques imposées par les ressources naturelles.

Devant cette impossibilité, le repli est une tentation facile, car aisément appréhendable par l’esprit humain : puisqu’on ne peut croître, stagnons, travaillons moins et partageons davantage. C’est une voie dans laquelle, tout en prétendant l’inverse, on s’est déjà engagé, sans doute inconsciemment. Cela explique partiellement pourquoi nous avons tant de mal à augmenter notre taux de croissance.

La seconde solution est d’inventer une nouvelle économie. C’est possible et certainement plus gratifiant, mais récréer, en une génération, l’équivalent de ce qui existe et s’est constitué sur plusieurs générations est une vraie gageure.

Des voies paraissent assez évidentes, la santé par exemple.

Pour le reste, il ne peut s’agir que de rechercher des productions utiles à l’homme s’appuyant, à titre principal, sur les progrès exponentiels des TIC, des nano et des biotechnologies. Ces techniques, d’ores et déjà parvenues à un développement conséquent en ce qui concerne les TIC, sont appelées à avoir des impacts colossaux. L’information et la connaissance, quand elles atteignent un très haut degré et sont accompagnées de moyens de traitement eux-mêmes gigantesques, non seulement ouvrent de nouveaux territoires dans le domaines de la connaissance, de la formation, de la recherche, de l’art, de l’information, de la culture, de la relation, du jeu, de la religion et même de la guerre, mais permettent également de rendre des services traditionnels avec une économie de ressources stupéfiante. L’industrie automobile, qui a déjà divisé par 4 la consommation des véhicules à service identique, en apporte la preuve. Un des espoirs de la médecine est de diriger les molécules chimiques utilisées pour les traitements exclusivement sur les cellules malades pour en utiliser dix fois moins avec dix fois plus d’efficacité et dix fois moins d’effets collatéraux négatifs.

Utiliser la matière au niveau des propriétés de l’atome ouvre un monde de ressources nouvelles insoupçonnées, caché derrière la surface des choses et permet, en même temps, un usage plus rationnel et plus économique des ressources dans leurs emplois anciens.

Orienter l’économie dans ce sens fait partie, sans doute, d’une politique de l’offre. Mais il n’est pas certain qu’on sache ce que peut être une politique de l’offre qui favorise le développement dans des secteurs qui évoluent à un rythme sans rapport avec les rythmes du politique.

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