Les transhumains sont arrivés

Publié en octobre 2017

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

 

Le transhumanisme fait l’objet d’intenses débats entre tous ceux qui voient, dans la technologie, le moyen de remédier aux imperfections des hommes et de les doter de potentialités nouvelles et ceux pour qui toucher au vivant est sacrilège et constitue un jeu prométhéen auquel l’homme ne peut que perdre.

Ces débats laissent de côté un changement important qui vient de se réaliser sous nos yeux : il nous concerne tous, on en apprécie ou on en critique les conséquences pratiques, mais sa portée anthropologique est ignorée : il s’agit du téléphone portable.

Le développement des espèces vivantes à fait apparaître progressivement des moyens de communication de plus en plus performants, du sens tactile à l’odorat, de l’ouïe à la vue cette progression a doté les êtres vivants des moyens de connaître un environnement de plus en plus éloigné, multidimensionnel et complexe.

Le téléphone portable est une véritable prothèse qui véhicule de l’information à travers l’ouïe, la vue et accessoirement le toucher, et donne simultanément à son utilisateur la capacité d’entendre sans limite de distance et de voir au-delà des obstacles.

On a craint que les ondes qu’il utilise ne perturbent son cerveau : ce n’est probablement pas le cas, mais on voit que son utilisation capte entièrement l’attention de son utilisateur, ce qui n’est pas sans effet sur sa capacité générale d’attention.

Le portable donne également à l’individu une capacité de calcul instantanée, et permettra demain de communiquer entre personnes parlant des langues différentes.

Considérer qu’il s’agit encore d’un gadget serait une erreur : il constitue d’ores et déjà une prothèse porteuse d’amplifications des capacités humaines et bien des anticipations de la Science-fiction sont désormais des réalités à travers lui.

Enfin, il insère de manière permanente l’homme dans un réseau à la fois humain et mécanique : il permet d’échanger, mais aussi de modifier à distance le chauffage d’une maison ou de faire exploser une bombe.

D’ores et déjà, l’homme connecté se trouve ainsi doté de moyens nouveaux et puissants, sa liberté paradoxalement réduite et sa nature changée.

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