Les nouvelles frontières de la médecine

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

 

La médecine a fait des progrès spectaculaires au cours des deux derniers siècles et on lui doit une part importante de l’allongement de l’espérance de vie mais le destin semble prendre un malin plaisir à remplacer les maladies éradiquées ou combattues avec succès par de nouveaux défis.

Les maladies infectieuses responsables dans le passé du plus grand nombre de décès sont désormais sous contrôle mais l’espérance de vie ainsi gagnée a ouvert la voie au développement de maladies dites chroniques car elles ne sont ni guérissables, ni mortelles à court terme, de par leur nature ou en raison du progrès de la médecine.

Ces nouveaux défis n’ont pas nécessairement pour cause des pathologies nouvelles ; c’est le plus souvent leur importance qui est nouvelle. Pour une part, elles sont dues aux changements intervenus dans l’environnement auxquels l’espèce humaine adaptée pendant des millénaires à un environnement relativement stable est confrontée trop brutalement : accidentologie, déséquilibre de l’alimentation, effets des pollutions, virus venus d’autres climats, etc. : la médecine ne peut soigner que les effets, la lutte contre les causes est davantage d’ordre politique.

Il existe également une autre catégorie de défis relatifs à la santé publique dont le caractère pathologique n’est pas suffisamment reconnu et abordé de manière scientifique : l’attitude de la société à leur égard n’est pas sans rappeler les modalités de prise en charge des maladies mentales autrefois ; l’exorcisme, l’enfermement, la camisole de force, voir la lobotomisation ; comme pour la folie autrefois, cette attitude est d’abord le résultat de l’ignorance.

Il s’agit du développement des comportements de type suicidaire dont la société souhaiterait ne pas avoir à assumer les conséquences : le tabagisme, l’alcoolisme, la malbouffe, les drogues et autres addictions, les comportements à risques notamment sexuels. La société considère ces comportements comme inacceptables : elle interdit, sanctionne, taxe dans des conditions souvent très rudes : le prix du paquet de cigarettes représente chaque année trois mois du revenu d’un RMIste.

C’est une manière plutôt sauvage de vouloir faire son bonheur et évidemment stupide quand on songe à tous les moyens mis en œuvre sur le plan social pour lui en redonner une partie !

Le drogué peut encourir des peines d’emprisonnement et l’exclusion sociale !

L’alcoolique peut être éliminé du marché du travail !

L’obèse marginalisé !

On consacre par contre peu d’efforts à comprendre les motivations de ces comportements : constatant que les classes populaires et peu éduquées sont les premières victimes, ont leur reconnaît volontiers des causes économiques et sociales ; mais ce sont des phénomènes généraux et les causes sociales ne font que les exacerber et les rendre plus visibles.

Il est plus probable que les causes premières sont d’origine psychique : on comprend que la société ne veuille pas les connaître, elle craindrait de ne rien y pouvoir ou, pire encore, d’y pouvoir quelque chose et de s’engager dans la voie d’une effrayante manipulation dont les limites ne pourraient être fixées.

Pour autant, peut-on continuer à « soigner » des hommes contre leur gré en refusant de connaître la vraie nature de leur problème ?

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