Les mille obstacles à l’emploi

Publié en 2013
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’emploi est une priorité nationale et de multiples commissions cherchent l’idée lumineuse qui pourrait renverser la tendance au développement du chômage. Malheureusement, aucune idée simple ne pourra apporter un remède à un problème qui a de multiples causes.

Il y a, bien sûr, des raisons macroéconomiques. En s’arrimant à l’Allemagne à travers l’Euro, la France a parié qu’elle allait pouvoir moderniser son économie et profiter d’une devise forte. Las, elle n’a engagé aucune des mesures d’adaptation nécessaires et l’Euro, qui devait la soutenir, le fait en conséquence comme la corde le pendu. L’endettement ne peut être accru pour soutenir l’activité, car il est déjà excessif et il ne peut être réduit par le remède traditionnel du recours à l’inflation. En effet, sans dévaluation de la monnaie, la hausse des prix ferait perdre à la France toute chance d’exporter.

Le chômage a aussi des causes culturelles. Beaucoup d’emplois – plusieurs centaines de milliers sans doute – ne trouvent pas preneurs parce qu’il y a décalage entre les besoins et l’offre de travail. On attribue traditionnellement ce décalage à l’inadaptation de la formation, mais outre le fait que le terme de « formation » n’est pas approprié pour ceux qui sortent de l’école dépourvus de tout savoir, la valorisation que la société accorde à certains emplois semble déterminante : l’existence d’emplois médiatisés, souvent bien rémunérés et d’apparence facile, décourage de s’orienter vers les emplois plus obscurs, difficiles et peu rémunérés qui constituent la plus grosse partie de l’offre. D’une manière générale, il n’y a aucune raison que la structure de la demande et celle de l’offre coïncident spontanément, ce qui tiendrait du miracle, et la rigidité des rémunérations ne permet pas de corriger ce déséquilibre en jouant sur les rémunérations relatives. La forte présence de l’État sur le marché du travail a aussi contribué à rendre le public indifférent au lien entre emploi et utilité. Il en résulte une demande importante, à laquelle les pouvoirs publics résistent mal, de création d’emplois qui absorbent davantage de ressources qu’ils n’en créent et obèrent globalement l’économie.

Beaucoup d’entreprises restreignent délibérément leurs embauches, notamment les TPE, car la lourdeur des contraintes financières et administratives, s’ajoutant à la difficulté de faire travailler des populations peu formées et réticentes à l’égard du travail, leur fait préférer un moindre niveau d’activité avec moins de personnel.

Beaucoup de professions ont une approche malthusienne. Certes, la tendance des entreprises au monopole des entreprises est combattue, à juste titre. Mais beaucoup de professions s’opposent à la création d’emplois. De façon directe, comme les taxis ou, plus discrètement, en contrôlant l’accès à la formation, à la manière des audioprothésistes,

Ce ne sont que des exemples. On devrait y ajouter le principe de précaution, la crainte à l’égard des techniques nouvelles, le souci du confort qui conduit à bien vouloir de l’activité, mais ni ici ni maintenant, et la propension à vouloir simultanément avoir un travail bien rémunéré en France et en dépenser le produit dans des pays où les salaires sont moindres ‒ qu’il s’agisse d’y passer ses vacances ou d’en importer les produits.

Cette accumulation de causes voue à l’échec la recherche de remèdes tant qu’il y aura plus de gagnants que de perdants, ce qui ne saurait être éternel, mais peut encore durer.

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