Les leçons du Coronavirus

Publié en mars,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Il appartient aux autorités sanitaires de tirer les leçons de l’épidémie en cours sur le plan médical mais d’autres enseignements, potentiellement plus importants, peuvent nous être utiles.

L’épidémie doit et semble être prise au sérieux par toutes les parties prenantes, mais pour l’instant il ne s’agit pas, par comparaison avec de grandes épidémies comme la grippe espagnole ou des pandémies comme la malaria, d’un événement majeur.

En revanche, cette épidémie démontre de manière définitive l’extraordinaire vulnérabilité de nos sociétés. On peut d’ores et déjà penser que les conséquences économiques et sociales seront très importantes : beaucoup de personnes ne peuvent plus travailler, des écoles sont fermées, des commerces, déjà affaiblis par les manifestations des gilets jaunes et les grèves vont mettre la clé sous la porte. Un début de panique se fait jour et les particuliers commencent à constituer des stocks de pâtes, d’huile et de sucre pour prévenir une rupture des approvisionnements, etc…

Que serait-ce si l’épidémie devenait vraiment catastrophique sur le plan sanitaire?

La vulnérabilité de la société ainsi mise à jour constitue un véritable danger : la démonstration est faite, au profit de tous les terroristes potentiels par exemple, de la puissance dévastatrice des armes bactériologiques. Imaginons qu’un virus dangereux et contagieux soit dispersé volontairement dans quelques rames de métro aux heures de pointe ou dans des stades combles à l’aide de quelques drones : la panique, aujourd’hui sans fondement, serait immédiate. Elle bloquerait la société plus efficacement que les conséquences sanitaires elles-mêmes, qu’elle aggraverait d’ailleurs.

Cette vulnérabilité s’ajoute à celle d’origine technologique : on sait désormais que des hackers peuvent perturber à distance des réseaux de communication, des médias, voire des transports tels que les réseaux ferrés et le transport aérien. Si une attaque bactériologique reste peu probable, une épidémie naturelle pourrait être habilement exploitée pour lancer des cyberattaques et la simultanéité des deux pourrait mettre le pays par terre pour une somme très modique, abordable pour tous les petits pays et même des groupes privés, avec peu de possibilités de rétorsion des victimes en raison de la difficulté d’en identifier l’auteur.

On ne peut certainement pas éradiquer cette vulnérabilité, consubstantielle à la société moderne, sans prendre des mesures de précaution dont les conséquences seraient pires que le mal, mais il faut en tenir compte. Ainsi par exemple prétendre concentrer la mobilité urbaine sur le métro est une erreur stratégique car il présente toutes les vulnérabilités techniques et sanitaires que pourraient exploiter éventuellement le terrorisme, mais aussi de blocage d’origine sociale et, pour Paris le risque d’inondation dont la probabilité d’occurrence augmente avec le changement climatique.

Une pluralité de moyens exposés à des risques différents est une nécessité car dans un monde complexe et interconnecté, réduire les vulnérabilités devrait être une obsession même si cela a toujours un cout à court terme.

 

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