Les hommes derrière les taxes

Publié en novembre 2010

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le gouvernement vient à nouveau d’augmenter les taxes sur les cigarettes, portant le prix du paquet aux environs de 6 euros.

Tout le monde peut se réjouir : les champions autodésignés de la santé publique, l’État qui bouche ainsi un petit trou de son budget, les non-fumeurs qui voient avec plaisir qu’ils éviteront cette charge. Quant aux fumeurs, culpabilisés, ils sont résignés.

Il n’est pourtant pas certain que l’affaire soit si bonne, pour trois raisons qui me paraissent importantes.

Des milliards d’individus fument. Dans les pays émergents, dès qu’ils en ont le moyen, les populations se mettent à fumer. Dans les camps de prisonniers, partout dans le monde, la recherche d’une clope est une préoccupation constante. La République, si attentive au bien-être de ses concitoyens, avait pour habitude d’offrir une dernière cigarette à ceux qu’elle avait décidé d’exécuter. Le mouvement vers l’égalité des sexes amène les femmes à fumer de plus en plus.

On sait avec certitude que fumer est mauvais pour la santé. Mais n’est-il pas présomptueux de juger que tous les autres, si nombreux et si divers, ont tort et qu’il faut faire leur bien malgré eux ?

La seconde raison est autre. Toute devise nationale est censée poser les principes fondamentaux autour desquels doit s’organiser la vie sociale. Dans les grandes choses en raison de leur importance, dans les petites en raison de leur fréquence. On forme ainsi la morale des citoyens au jour le jour.

Or le premier principe de notre devise nationale est la liberté, non la santé. Que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres a conduit, légitimement, à l’interdiction de fumer dans des lieux publics. Mais une taxation qui constitue pour beaucoup une interdiction de fait va au-delà : elle les prive de liberté, qui est un principe supérieur à la santé puisqu’en son nom on a envoyé des centaines de milliers de jeunes se faire tuer quand elle s’est trouvée menacée.

Le deuxième principe de la devise nationale se trouve également atteint : l’égalité.

Certes, toutes les cigarettes supportent les mêmes taxes, mais notre devise vise l’égalité des citoyens, pas celle des cigarettes : à 6 euros le paquet, la consommation de 1 paquet par jour représente 2 mois de SMIC net par an !

C’est évidemment énorme, d’autant que ce sont les populations les moins aisées et les jeunes sans emploi qui consomment le plus.

À partir du moment où les fumeurs semblent avoir des besoins incompressibles, qu’au demeurant on condamne sans avoir cherché à les comprendre et encore moins à les satisfaire autrement, les taxes sur le tabac sont une source d’appauvrissement certaine qui compte dans le sentiment général de pauvreté croissante des populations modestes.

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