Les délocalisations de l’intérieur

Publié en 2011
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les syndicats ouvriers, les médias et beaucoup de politiques s’alarment des délocalisations industrielles consistant à cesser la production localement pour la transférer dans des pays où la main-d’œuvre est meilleur marché.

Un autre phénomène se produit simultanément sans retenir la moindre attention.

Peut-être parce qu’il est plus insidieux. Peut-être aussi parce qu’il met en cause des éléments qu’il n’est pas politiquement correct d’évoquer. Peut-être enfin par ce que, là où les délocalisations permettent de mettre en accusation le grand capital, ce phénomène touche chez le grand nombre le tabou concernant l’appétence au travail.

Il s’agit de la reprise d’une partie importante du petit commerce par des populations immigrées.

Le petit commerce, globalement, n’a pas la vie facile. La grande distribution et maintenant le e-commerce exercent sur lui une forte pression. Sur le plan social, celui-ci ne manque pourtant pas d’intérêt, dans la mesure où il offre des activités ayant des exigences différentes de l’emploi salarié et permet donc de répondre aux aspirations de personnes auxquelles le cadre de l’entreprise, grande ou moyenne, ne convient pas. Il peut, de surcroît, être attrayant financièrement.

On constate que les populations immigrées, dont l’accès à l’entreprise est difficile, ont compris cet intérêt du petit commerce. Celui-ci passe progressivement dans les mains de communautés plus ou moins spécialisées : fruits et légumes pour l’une, épiceries pour une autre, tabacs pour une autre encore.

Vu sous l’angle de la participation de ces populations à l’activité nationale, il s’agit d’un phénomène très positif.

Son aspect négatif est qu’il révèle le rejet par le reste de la société française de nombreuses formes de travail considérées comme trop dures. Les horaires du commerce dépassent couramment les 35 heures, faire les marchés suppose de travailler tôt le matin en extérieur, quel que soit le temps, le commerce alimentaire se doit d’ouvrir le dimanche et les bars-tabacs tard le soir, etc.

La société française réclame des emplois et se lamente des délocalisations mais n’aspire, au fond, qu’à des emplois de préposés qui constituent sans doute la manière la moins désagréable d’attendre la retraite.

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