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Les crises à venir

Publié en octobre 2019
Président de l'Institut Diderot, fondateur, président du groupe d’édition Humensis et président d’honneur du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA, GMF et PartnerRe.

Un des phénomènes économiques les plus difficiles à comprendre est l’interaction entre la monnaie et la réalité. La définition de la monnaie par ses trois rôles d’instrument de paiement, de réserve et d’étalon de mesure ne rend pas compte de tout ce qu’elle est. Elle constitue d’abord un reflet, presque un modèle, de la réalité économique dont elle permet l’appréhension. Comment apprécier la production d’un pays s’il n’y avait la représentation commune de tous les biens et services à travers leurs prix ? En même temps, la monnaie possède sa propre réalité, elle est désirée non seulement pour ses qualités de moyen de paiement et de réserve de valeur, mais aussi plus généralement comme un instrument de pouvoir et de statut social.

La quantité de monnaie dans une économie n’est pas une variable qui accompagne mécaniquement la production de richesses, elle peut être créée notamment de manière excessive par des États. Cette monnaie n’est pas fausse en ce sens qu’elle possède le même pouvoir libératoire que celle qui lui préexiste et dont rien ne la distingue, mais quand le stock global de monnaie gonfle sans que la quantité de richesses réelles ne s’accroisse, la monnaie perd de sa valeur et les prix augmentent.

Il y a aujourd’hui trop de monnaie dans le monde en raison du jeu de plusieurs facteurs : le déficit commercial abyssal des États Unis, la croissance des inégalités entre pays et entre classes sociales et le recours aux nouvelles technologies au sens très large.

La croissance des inégalités conduit à l’accumulation des richesses dans un nombre réduit de mains dont le taux marginal d’épargne est très élevé. Cette accumulation a pour corollaire l’insuffisance de revenus de ceux dont la préférence pour la consommation est forte : ils consomment insuffisamment pour justifier l’investissement de l’épargne de l’autre groupe dans des moyens de production. Diverses évolutions liées au progrès dû au numérique, production peu gourmande en capital, meilleure utilisation des biens existants grâce aux plates formes numériques, économie circulaire vont dans le même sens. Cette insuffisance de consommation et d’investissement devrait conduire à une contraction de l’économie. Pour éviter cette évolution il faut du crédit : crédit qui permet au consommateur de dépenser plus qu’il ne gagne, aux États d’engager des fonctionnaires et de réaliser des investissements qui vont soutenir la conjoncture, etc… La machine économique peut ainsi continuer à fonctionner au prix d’un accroissement de ses déséquilibres initiaux. Si une limite est mise à l’endettement, la crise survient avec plus de force qu’elle n’aurait eue quelques années plus tôt.

Comment y remédier ?

Les guerres et les révolutions rebattent les cartes car elles entrainent généralement la perte plus ou moins totale de la valeur de la monnaie. Ce ne sont évidemment pas des solutions souhaitables. L’hyperinflation a longtemps été un moyen de réduire l’endettement réel d’agents économiques qui auraient été, de toute manière, dans l’incapacité de rembourser. Elle nuit aux créanciers et aux épargnants, ce qui est considéré comme moins grave car ils sont supposés devenir seulement moins riches, alors que les débiteurs seraient en situation de faillite.

L’inflation ayant des inconvénients sur la durée, divers mécanismes ont été mis en place pour qu’elle ne revienne pas et les objectifs modérés d’inflation à 2% par an de la BCE* ne sont pas atteints.

Les taux d’intérêts négatifs apportent une contribution à la nécessaire réduction de l’épargne. La démarche est nouvelle, choque les opinions et fait réagir les détenteurs de capitaux ; elle est donc limitée et  symbolique. Nul doute qu’elle cessera progressivement de l’être si les déséquilibres perdurent, ce qui est probable.

Les crises économiques graves consomment également beaucoup de capital : des entreprises font faillite, des investisseurs perdent des sommes considérables, dont une partie n’est qu’apparence. Lorsque le cours d’un titre a doublé uniquement en raison de l’excès de fonds en quête d’emploi, son retour à sa valeur initiale en tant que telle, ne signifie rien. Il faut que ces baisses se traduisent vraiment dans les comptes des agents économiques de manière définitive.

Ces quelques constats permettent de penser que la politique de création monétaire excessive qu’on connait va se poursuivre, ainsi que les taux bas. Des crises boursières et immobilières devront se produire de plus en plus fréquemment à l’occasion de l’éclatement de bulles pour réduire l’excès de capital.

Une solution plus douce, moins traumatique, consisterait à admettre le caractère non remboursable d’une grande partie de la dette. Ce n’est pas facile si l’on souhaite que le crédit continue à exister, ce qui est indispensable. La seule issue est l’inflation, mais pour y parvenir, il faudrait restaurer aux États la possibilité d’emprunter auprès de leurs Banques Centrales dans des proportions importantes, sans supprimer totalement les limites. En effet, la création monétaire doit permettre de favoriser le plein emploi des moyens productifs, mais pas d’avantage, sinon elle n’a que des effets négatifs.

La création monétaire au profit de l’État augmente véritablement la demande à travers les salaires des fonctionnaires, les transferts sociaux et les commandes publiques alors que la création monétaire telle qu’elle est pratiquée par la BCE* favorise davantage l’achat d’actifs existants et, de ce fait, la montée des bourses et du prix de l’immobilier.

Il n’y a pas de politique économique idéale et sans risque : celle-ci, comme un voilier, doit être conduite pour se rapprocher du but pendant un temps sans espérer l’atteindre, puis admettre de virer de bord ensuite pour s’en rapprocher d’avantage. Il n’y a pas de cheminement en ligne droite possible

*Banque Centrale Européenne

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