Les chômages

Publié en février 2013

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le chômage est une plaie à laquelle on cherche à remédier d’une manière empirique. Or aucune action ne sera efficace si l’on n’en reconnaît pas les différentes natures. Hors chômage conjoncturel et frictionnel, on parle de chômage structurel. Mais cette qualification ne fait que traduire son caractère durable et n’explique rien de ses causes.

On peut distinguer au minimum :

– Le chômage de pauvreté. Les besoins existent ainsi que des ressources humaines pour les satisfaire, mais d’autres facteurs de production font défaut. Par exemple, du capital, de l’esprit d’initiative, des savoir-faire, etc. Cette situation est celle des pays très pauvres.

– Le chômage résultant d’inégalités sociales excessives. Les besoins existent ainsi que les ressources humaines pour les satisfaire, mais les ressources financières sont concentrées en très peu de mains qui thésaurisent car leur consommation marginale est faible, surtout en denrées locales, ainsi que leur propension à investir localement, en raison de l’insolvabilité de la demande potentielle. Si elle veut s’investir, l’épargne sort du pays. Cette situation est caractéristique de certains pays pétroliers.

– Le chômage par absence de compétitivité. Dans une économie ouverte, les importations, pour des raisons techniques, sociales ou tenant à une survalorisation de la monnaie, se substituent à la production nationale et les exportations se contractent, provoquant une perte d’emplois. Le déficit de la balance commerciale qui accompagne cette situation se traduit par un endettement extérieur élevé. Les solutions dépendent des causes. Toute perte de part de marché s’accompagne d’une perte de savoir-faire, absolue et relativement aux concurrents, ce qui rend le retour difficile.

– Une autre cause du chômage réside dans le décalage entre progrès de productivité et innovation. Les progrès de productivité importants sont dus à des avancées technologiques qui sont souvent l’occasion d’innovations au profit du consommateur. C’est le cercle vertueux du développement. Ainsi, la mécanisation a permis un progrès énorme de la productivité, mais la maîtrise de l’énergie mécanique est à l’origine des chemins de fer, de l’automobile et de tout ce qui en dépend. Ces innovations peuvent se développer rapidement si le besoin existe déjà et qu’elles permettent de mieux le satisfaire (l’automobile remplace le cheval, en mieux) ou moins rapidement s’il faut créer le produit ou le service qui révélera le besoin et que la société s’adapte.

Le chômage français tient des deuxième, troisième et quatrième types.

Les NTIC sont d’extraordinaires facteurs de productivité. Les innovations capables de remplacer des produits ou des systèmes existant sont nombreuses. Cependant, les produits et services réellement nouveaux, venant satisfaire des besoins latents, bien qu’apparemment nombreux eux aussi, ne sont pas en nombre suffisant malgré les jeux vidéo, les GPS, les « Coyote » ou les ipads. Il faut encourager avec vigueur la recherche si on ne veut pas voir apparaître dans d’autres pays les innovations qui seront la source des emplois futurs et creuser davantage notre dépendance.

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