Les choix politiques et le temps

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La plupart des grandes oppositions politiques tirent sinon leur origine du moins leur force dans l’opposition qui existe entre les exigences du court terme et celles du long terme : celles-ci ne sont pas seulement différentes, mais opposées.

Ainsi, la création de richesses repose sur des agents économiques désireux de faire du profit. Leur action doit être préalable à toute répartition de richesse. Si les entrepreneurs réussissent, les inégalités se creusent. A l’inverse la priorité accordée à la redistribution pour corriger les inégalités tend à tarir la motivation des entrepreneurs et n’aboutit qu’à une pauvreté plus ou moins également partagée, comme les pays de l’est l’ont démontré.

A l’inverse, sur le long terme, de trop grandes inégalités sont non seulement socialement insupportables, mais contre productives sur le plan économique.

La motivation des entrepreneurs extrêmement riches, en particulier des héritiers, s’émousse alors même que les problèmes de gestion et les  soins  requis pour le simple maintien de la richesse acquise absorbent leur énergie. De surcroit, sur le long terme, la poursuite de la création de richesses suppose d’abandonner les voies de la réussite antérieure, ce que peu font volontiers.

Par ailleurs, la concentration excessive du revenu dans peu de mains dont la propension marginale à l’épargne est forte, conduit à une impasse puisqu’elle s’accompagne de la baisse corrélative de la consommation provoquant la contraction des besoins d’investissement : plus d’épargne, moins de consommation et moins d’investissement conduisent à la stagnation économique. Il faut redistribuer la richesse comme les enfants qui ont trop gagné de billes doivent les redonner à leurs camarades pour que le jeu se poursuive.

Le second axe sur lequel s’opposent le court et le long terme est le crédit. Le crédit a plusieurs fonctions : il anticipe les revenus, fluidifie l’économie dans la mesure où les lieux et les temps de production et de consommation ne sont pas nécessairement identiques ; mais le crédit a également une autre fonction : quand le revenu n’est pas dépensé, mais thésaurisé pour une raison quelconque, en particulier en raison d’une propension à épargner excessive, il faut solvabiliser par le crédit une demande latente qui ne pourrait s’exprimer autrement, nécessaire à l’écoulement du PIB corollaire du revenu thésaurisé. Si l’économie fonctionne bien grâce au crédit, elle va probablement permettre le maintien voire renforcer la propension excessive à épargner, le problème va continuer à prendre de l’ampleur.

La recherche de l’équilibre va requérir un accroissement du crédit. Ces crédits deviennent pratiquement non remboursables car cela supposerait le transfert d’une partie du pouvoir d’achat des débiteurs sur les créanciers qui déjà n’utilisent pas leur part du revenu national.

Alors qu’à court terme la confiance dans le remboursement du crédit est une nécessité pour que celui-ci existe et joue son rôle, on voit que sur le long terme, les créances doivent être pour partie annulées pour permettre au jeu de se poursuivre. Mais comment faire les deux en même temps puisque le long terme d’hier est le court terme d’aujourd’hui ?

Il n’y a pas de solution facile. Les guerres ont, involontairement, ce résultat et les révolutions plus volontairement ; l’inflation, tout particulièrement quand elle devient très forte, ruine des créanciers de manière très injuste, mais constitue, de temps à autre, une remise à zéro des compteurs de l’endettement permettant à l’économie de repartir.

Les Institutions actuelles conçues pour conforter la confiance dans le crédit, nécessaire à court terme, interdisent ces nécessaires ajustements de long terme. Si on n’invente pas de nouveaux moyens, ce sont les solutions violentes, qui n’ont pas besoin d’organisations, qui finiront par s’imposer.

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