Les autoentrepreneurs

Publié en 2015
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les évolutions de la société moderne ne vont pas toutes dans le sens souhaité par la majorité. Ainsi, l’emploi tel qu’il s’est développé durant les Trente Glorieuses reste une aspiration profonde : stable, si possible à vie, avec une progression assurée, de préférence à l’ancienneté, une retraite précoce pour permettre de jouir simultanément de temps libre et de la santé. Ce type d’emploi se restreint comme peau de chagrin. Plus de 10 % de la population est au chômage total et deux millions au chômage partiel. Une partie significative des actifs exerce une activité non salariée dans des conditions précaires en tant qu’autoentrepreneurs, artisans, commerçants, agriculteurs ou pêcheurs.

Il aurait été possible de sauvegarder la forme traditionnelle de l’emploi en n’ouvrant pas les frontières à la concurrence internationale et en acceptant une baisse générale, au moins relative, des niveaux de vie. Ce n’est pas le choix qui a été fait. Or dans un monde ouvert où les trois quarts des travailleurs ont un niveau de vie très inférieur à celui dont jouissent leurs homologues français, ces derniers perdront leur emploi toutes les fois où ils ne disposeront pas d’un savoir-faire particulier les soustrayant de facto à la comparaison. L’idée qu’ils peuvent être préservés de la concurrence internationale lorsqu’ils sont dans un emploi protégé, dans l’administration notamment, est juste au plan microéconomique, mais fausse du point de vue macroéconomique. Le fonctionnaire français n’est certes pas menacé par un concurrent chinois, mais son emploi est maintenu grâce aux charges imposées aux entreprises du secteur concurrentiel qui perdent de ce fait de leur compétitivité et doivent réduire leurs effectifs.

Le développement de l’emploi personnel constitue, d’une certaine manière, une modification des conditions de travail plus substantielle que tout aménagement imaginable du contrat de travail.

Au-delà des aspirations sociales légitimes que chacun peut nourrir, la réalité reste soumise à quelques lois d’airain : il n’est pas possible de s’ouvrir à la concurrence internationale et de bénéficier des avantages que cela emporte sans en supporter aussi les conséquences négatives. En effet, à compétence et productivité égales, il faut accepter les mêmes conditions de travail que dans les pays concurrents ou subir le chômage si la réglementation en impose de plus coûteuses.

L’emploi individuel représente une adaptation qui permet de contourner le refus des organisations de salariés. Il ne peut concerner tous les emplois. Mais l’évolution des conditions de production modernes ne rend plus nécessaire au même degré de grands bataillons de travailleurs œuvrant ensemble, sur le même lieu et dans les mêmes conditions. En outre, l’emploi individuel élargit sans cesse l’éventail des travaux accessibles.

D’une manière générale, l’ouverture des frontières a un aspect favorable à tous en tant que consommateurs et une contrepartie négative supportée par les titulaires de bas revenus (travailleurs les moins qualifiés, non-salariés et chômeurs), ce qui est probablement une des causes de la croissance des inégalités.

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