L’emploi demain

Publié en novembre 2017

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

 

La montée en puissance des robots et de l’intelligence artificielle fait craindre, avec plus de force encore que les innovations porteuses de progrès de productivité précédentes, la montée du chômage, voire la disparition du travail.

Plusieurs raisons expliquent l’intensité de ces craintes :

    • L’étendue des possibilités offertes par ces techniques, dont l’effet s’ajoute aux précédents, donne à penser qu’il n’y a plus de domaine réservé aux hommes.

 

    • Il y a dans ces nouvelles technologies une dimension fantastique qui fascine et amène les médias à en parler constamment sous un angle suggérant la perte de contrôle.

 

  • La menace concerne désormais des emplois qualifiés dont les titulaires se croyaient protégés et disposent d’une proximité plus grande avec les médias.

Face à ces craintes, la démonstration que les précédentes vagues d’innovation ayant détruit des emplois ont permis d’en créer autant d’autres avec en plus une amélioration générale du niveau de vie ne convainc pas.

Pourtant…

Les prévisions relatives à la suppression d’emplois du fait du progrès technologique sont généralement assez réalistes ; ce qui est absent dans les estimations ou très fortement sous-estimé est la création d’emplois qui en découle plus ou moins directement.

Les données macroéconomiques permettent de cerner globalement le problème : si la productivité progresse de 2 % par an, une croissance de même ordre de grandeur permet de maintenir l’emploi global. Par quels mécanismes ?

L’industrie automobile a fait en 50 ans des progrès de productivité qui ont permis de réduire de ¾ le temps de fabrication d’un véhicule, mais le marché a explosé et les effectifs employés ont baissé dans une proportion nettement moindre. Dans le même temps, ce développement de l’automobile a suscité la création de multiples emplois parallèles, connexes ou simplement rendus possibles :

  • Il a fallu créer une infrastructure de distribution, de maintenance, d’approvisionnement, de routes, autoroutes et ouvrages d’art, de péage, de location de voitures et de taxis, d’assurances, de secours et de soins, d’experts pour évaluer le coût des sinistres ainsi que des services pour délivrer les permis de conduire et les cartes grises, poursuivre les infractions et les sanctionner…

Au-delà de ces activités connexes, le développement de l’automobile a permis celui du tourisme, c’est-à-dire de l’hôtellerie, de la restauration, des manifestations culturelles, des séminaires. La chaîne est sans fin, bien que les conséquences ultimes s’estompent à mesure que leur lien avec l’automobile s’éloigne : le tourisme par exemple a vu la nature de ses manifestations se multiplier : festivals, musées, stations de ski, aqua parcs, etc..

L’automobile n’est pas une exception : ainsi le temps de travail nécessaire à la fabrication d’un téléphone mobile a été réduit de 90 % en 25 ans, mais la vente d’appareils a été multipliée par 100 depuis 1990.

Cette explosion a suscité la création d’emplois parallèles dans la distribution et la maintenance. L’usage du téléphone s’est généralisé et toutes les sociétés ont dû créer des plateformes téléphoniques pour accueillir les appels de leurs clients.

Ensuite sont apparues des milliers d’applications qui toutes ont provoqué la création d’emplois. Parmi ces applications, certaines ont permis la création de nouveaux métiers ou le développement d’anciens, tels Uber et ses homologues.

Du téléphone on est passé aux objets connectés et leur généralisation progressive a commencé et va continuer à créer des emplois dans la sécurité, la maintenance industrielle, la santé et le jeu, etc…

Il n’y a donc pas contradiction entre la réduction drastique du nombre d’emplois dans une activité en raison de la généralisation de techniques de production économes en travail et la création globale d’emplois.

N’y a- t- il pour autant aucun problème à prévoir et aucune inquiétude à nourrir ?

Non, pour plusieurs raisons :

    • Il y a généralement entre emplois détruits et emplois créés une différence de nature, de temps et de lieu de sorte que ceux qui ont perdu leur emploi ne peuvent pas se recycler automatiquement dans les nouveaux.

 

  • Un effort est nécessaire pour que ceux qui ont perdu leur emploi s’adaptent aux nouveaux.

Les robots, quelle qu’en soit la forme et pas seulement les androïdes un peu maladroits que l’on connaît, vont remplacer l’homme dans certaines de ses tâches actuelles, mais les besoins humains sont infinis ; il ne s’agit pas de faire plus de voitures, de maisons, de nourriture, mais après avoir satisfait les besoins de ceux qui n’en ont pas assez, d’apporter le repos, la culture, la santé, le jeu, la sécurité, l’attention dont aucun n’a assez.

Il est difficile de prévoir les apports de l’intelligence artificielle en raison de sa capacité d’accumuler indéfiniment, contrairement à l’homme, l’expérience nécessaire à sa propre programmation en mettant en œuvre dans celle-ci les théories mathématiques les plus sophistiquées.

Elle dépassera donc, sous ces aspects, la capacité humaine et rendra possible la création en nombre non fini d’activités nouvelles pour relever les défis que posent la condition humaine et la gestion de la planète.

Le passage de l’état actuel à un futur meilleur peut être heurté et difficile pour certains. C’est le but de la politique de créer les conditions d’une approche positive du futur en rendant la transition acceptable pour tous.

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