Le terrorisme

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La lutte contre le terrorisme, quelle qu’en soit l’origine, apparaît au grand public comme un combat pour la sécurité immédiate et ses exigences ne sont acceptées que pour cette raison.

Si le terrorisme fait beaucoup trop de victimes, par construction innocentes, le véritable enjeu n’est cependant pas là : dans un monde qui tend vers 11 milliards d’individus à la fin du siècle, frappé par de multiples dérèglements dus notamment au changement climatique, confronté à l’épuisement de nombreuses ressources, les conflits pour l’accès à ces dernières seront d’autant moins évitables que les États dominants ne pourront plus aisément imposer leur loi : leur puissance relative a diminué face à l’émergence de la Chine et demain de l’Inde. Les États développés, à l’exception des États-Unis, sont faibles de par leur taille dans le monde nouveau où se confronteront les grands. Ils sont en outre affaiblis par une démographie déclinante et vieillissante et par une culture pacifique qui fait leur valeur morale mais sape leur capacité de résistance.

Comme d’habitude, ce sont les pays les plus faibles qui devraient subir les conséquences de ces conflits, c’est-à-dire les pays sous-développés et surpeuplés, mais aussi les pays riches et faibles qui ne seront pas protégés par un grand : l’Europe, si elle demeure indécise, verra chacune de ses parties constituer autant de cibles appétissantes.

Les pays qui ne souhaiteront pas être des victimes passives réagiront de diverses manières :

  • les uns s’efforceront de bénéficier de l’ombrelle d’un grand, ancien ou nouveau ; d’autres comme la Turquie, qui progresse vivement sur les plans démographique, économique et technologique peuvent être tentés de constituer ou reconstituer des empires capables d’assurer leur avenir.
  • Les derniers enfin, submergés par leur démographie, dont le développement organique ne sera jamais suffisant pour satisfaire les besoins, recourront massivement à l’émigration., Certains pays, notamment arabo-musulmans, pourront être tentés par une stratégie à la SUN TZU, combinant émigration massive vers les pays riches, union locale avec les autochtones les moins favorisés, terrorisme en vue d’accroitre encore les divisions des pays d’accueil incertains de leur sort et de leur identité, et la constitution progressive d’une cinquième colonne autour des élites immigrées .

Le « choc des civilisations » de Huntington n’a pas totalement convaincu. Il est paru trop tôt et la dimension culturelle qu’il a attribuée aux conflits n’est pas systématique : si les États-Unis et la Chine sont culturellement différents, l’Allemagne et la France l’étaient également au début du XXe siècle sans que ce soit la cause majeure de leurs conflits. Par contre l’élément culturel constitue un vecteur important de mobilisation de ceux qui n’en ont pas beaucoup d’autres, comme l’a démontré Israël. Le monde arabo-musulman, qui s’est avéré faible dans l’histoire moderne, du fait de ses divisions,  pourrait finalement trouver dans  les difficultés de la survie des motifs pour constituer des blocs puissants. Il n’est d’ailleurs pas inutile de se rappeler que les conquêtes de l’islam au 7ème siècle se sont faites notamment parce que les empires perses et byzantins s’étaient épuisés en conflits et que les populations locales se révoltaient contre leurs États en raison d’une fiscalité excessive : beaucoup de traits, mises à part les causes de leur épuisement, qui caractérisent la situation actuelle.

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