Le savoir et les TIC

Publié en décembre 2012

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les Presses Universitaires de France et la GMF ont organisé le 4 décembre au Collège de France un passionnant colloque sur le « Désir de savoir », ce désir qui pousse les hommes à acquérir et faire progresser le savoir.

Les règles séculaires semblent avoir brutalement changé sous l’effet de diverses évolutions sociétales et de l’explosion des techniques de communication numériques. Les premières aboutissent au refus de l’effort, de l’autorité du maître, et au crédit accordé aux avis indépendamment du savoir. L’omniprésence du numérique, pour sa part, donne à tous l’accès immédiat à toutes les informations imaginables et fait apparaître dérisoires les efforts à consentir pour en acquérir une minuscule fraction.

Le savoir ne se réduit toutefois pas à l’accumulation de données : c’est de l’information plus ou moins organisée en schémas logiques ou sensibles multiples, susceptibles d’être mis en œuvre indépendamment de l’information organisée qui en a permis l’acquisition par le cerveau humain.

Dès sa formation, le cerveau se structure en même temps qu’il acquiert des informations dont il dégage progressivement, et en fonction de leur récurrence, les schémas logiques ou sensibles implicites.

L’enseignement classique poursuit le même mode de transmission simultanée des données et des méthodes de traitement qui leur sont applicables (raisonnement logique ou réaction sensible).

La situation nouvelle amène à s’interroger, dès lors que l’information est disponible sans effort, sur les conditions dans lesquelles le cerveau pourrait continuer à se structurer, voire à améliorer ses performances, indépendamment de l’information dont l’acquisition nécessite un effort qui apparaît désormais inutile.

Cela semble, pour l’instant en tout cas, impossible, mais sans doute peut-on améliorer la situation en distinguant mieux les informations porteuses de structurations explicites ou implicites et celles qui ne sont que des données.

Toutes les disciplines font appel aux deux, mais une multitude d’enseignements techniques consistent essentiellement en données, d’autres, comme l’enseignement des langues, les mathématiques ou la philosophie contribuent au contraire davantage à la structuration de l’esprit.

Le partage n’est certainement pas chose facile, mais l’exemple du droit, pour partie méthode de pensée et pour le reste accumulation de textes sans logique particulière, montre la voie.

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