Le produit intérieur brut et la mesure de la satisfaction des besoins

Publié en avril,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le concept de produit intérieur brut qui vise à mesurer la valeur globale des biens et services produits au cours d’une année dans un pays parait relativement simple. Il constitue un outil indispensable pour gouverner, évaluer l’efficacité d’une politique économique ou comparer les performances de divers espaces géographiques ou de différentes périodes.

Comme tout instrument de mesure, le PIB n’est pas neutre : créé pour constater, il finit par orienter le choix des objectifs, dans la mesure où tout décideur, pour faire apprécier le résultat de ses actions, tend à privilégier des objectifs mesurables à ceux qui ne le sont pas.

Le but d’une économie est la satisfaction des besoins des citoyens : infiniment divers et irréductibles les uns aux autres, la mesure de leur satisfaction n’est possible que rapportée à une unité de mesure commune, la monnaie. Elle est l’expression de la valeur par le prix et n’est constatable qu’à l’occasion d’un échange.

Ce qui ne fait pas l’objet d’un échange est difficile à appréhender : il faut des conventions qui donnent un caractère artificiel à la valorisation. Ainsi, les services rendus par l’Administration sont estimés à partir de leur coût sans que le citoyen puisse confirmer que ce service a bien pour lui une valeur correspondante à ce coût.

Bien des services ou des produits qui ne sont pas échangés sur le marché sont réputés ne pas exister : c’est le cas de l’autoconsommation – qui a pourtant une valeur économique – et davantage encore des relations humaines qui sont indispensables à la vie d’une société, mais n’ont pas de prix.

Le PIB a aussi le défaut de donner une valeur négative à certains progrès : si une innovation permet aux voitures de consommer moins, toutes choses étant égales par ailleurs, cela induit une contraction du PIB.

A l’inverse, chaque fois qu’un produit pris en compte dans le PIB a, dans le temps, des effets nuisibles qu’il faut corriger, le coût de cette correction augmente le PIB alors qu’il devrait réduire la valeur ajoutée par le produit, si le critère était son utilité et non l’effort pour l’obtenir.

Le concept souffre d’une manière plus générale de la non prise en compte des externalités : les nuisances collatérales dans l’exemple ci-dessus, mais aussi l’épuisement des stocks de ressources non renouvelables.

Les préoccupations écologiques, de plus en plus prégnantes ont conduit à mettre en évidence ces défauts du PIB, sans avoir pour autant permis de construire de nouveaux outils de mesure.

L’évolution rend pour autant cette refondation essentielle : créé à une époque de rareté, il répondait raisonnablement bien à l’attente de la société d’une consommation plus abondante et diversifiée.

La prise en compte des externalités n’apparaissait pas nécessaires face à l’urgence des besoins et en regard du grand éloignement dans le temps, du moment où elles s’imposeraient comme éléments concrets de l’économie.

Désormais l’abondance règne, dans les pays développés en tout cas, et si certains souffrent encore de pénuries, c’est un problème de répartition et non de production.

Les populations éprouvent en revanche de plus en plus de besoins dont la satisfaction n’est pas mesurée par le PIB : c’est le cas de la qualité de la vie, du temps personnel, d’un environnement plus naturel, etc…

Une heure non travaillée dans un univers de rareté ampute le PIB, une heure de trajet qui est une nuisance, est prise en compte positivement à travers les dépenses de matériel et d’énergie qu’elle entraîne. Dans un univers d’abondance et de contraintes environnementales, c’est l’inverse.

Quand pourrons-nous mesurer, sinon le bonheur, du moins l’utilité vraie de ce que nous faisons ?

 

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