Le PIB

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le fait est désormais acquis que le PIB n’est pas une bonne mesure de l’activité économique ; pour l’instant toutefois, aucun concept synthétique plus significatif n’a été trouvé pour le remplacer.

Parmi les critiques qu’on peut lui faire, il en est une moins souvent évoquée que les autres : la prise en compte pour leur coût de l’utilité des services rendus par les agents des services publics.

Il serait plus exact de mesurer la valeur ajoutée en ne prenant en compte que les activités du secteur marchand avant impôts, car les Administrations ne font qu’en capter une partie et la redistribuer sous forme de salaires.

Dans le calcul actuel, leur prise en compte est justifiée par le fait que les agents du service public rendent des services qu’en leur absence il faudrait se procurer sur le marché, ce qui est aisé pour l’enseignement mais quasiment impossible pour la défense nationale par exemple. Il y a cependant plusieurs limites : un fonctionnaire qui ne fait rien – certains peuvent rester sans affectation pendant des périodes prolongées tout en étant rémunérés – figure dans le PIB uniquement parce qu’il coûte !

Plus fondamentalement, si tous les travailleurs entraient au service de l’État, le PIB serait égal à la somme des salaires versés, mais l’État n’aurait aucune ressource pour les payer, sauf la fraction de leur propre traitement reprise par l’impôt !

Situation absurde et irréalisable qu’il faut néanmoins avoir à l’esprit car la situation ne devient pas catastrophique au dernier travailleur recruté, mais progressivement ; même utiles les services publics se développent au détriment de la production marchande et perdent leur sens à partir d’un certain seuil.

Les pays du bloc de l’Est, qui se sont révélés dramatiquement inefficaces, n’ont pas résolu le problème en intégrant le secteur productif dans la sphère publique, car il est plus difficile encore, dans ce cas, de limiter la sphère non directement  productive : la bureaucratie écrase tout.

L’importance de l’État doit donc être limitée dans tous les cas, mais à des niveaux croissant avec le PIB.

En effet, quand les besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits -alimentation, logement, santé – la partie de la population affectée à leur satisfaction doit être majoritaire, sinon le chaos guette comme la Révolution Culturelle l’a montré en Chine. Quand le PIB s’élève, les besoins de bien supérieurs s’accroissent : éducation, justice, sécurité, culture…  C’est le cas en France où 20 % environ des actifs sont employés dans les collectivités publiques ; ce n’est pas excessif, sous réserve qu’ils soient affectés à des tâches utiles et travaillent efficacement … sans oublier toutefois que la gestion de 5 millions de personnes affectées à de multiples tâches ne peut prétendre à une parfaite efficacité.

Si problème il y a, il provient davantage de l’insuffisante production du reste, d’abord en raison d’un pourcentage excessif de non producteurs : chômeurs, pré ou jeunes retraités, etc.. ensuite par la faible productivité des entreprises minées par un corset administratif qui absorbe trop d’énergie. La preuve en est donnée par la différence entre les progrès de la productivité induits par la technologie – qui font craindre le chômage – et la stagnation à un niveau très inférieur de la productivité réelle.

La chape bureaucratique qui pèse sur les entreprises a également un autre effet délétère : elle réduit la concurrence entre les entreprises à la partie de leurs dépenses qu’elles maitrisent : si elles sont totalement libres, leur efficacité relative s’exerce sur la totalité de leurs coûts ce qui récompense pleinement les plus efficaces – si une part importante  leur est imposée, la concurrence ne s’exerce que sur la fraction libre et la différence devient moins discriminante pour le consommateur ; la pression en faveur du progrès de l’efficacité se réduit.

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