Le nouveau capitalisme

Publié en avril 2018

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

 

Le capitalisme né avec la révolution industrielle a fortement marqué la pensée économique et sociale ; des articles, des analyses continuent à examiner le monde avec les filtres conçus par Marx et des groupuscules combattent encore avec véhémence et parfois violence ce capitalisme archétypal.

Ce n’est pas voler à son secours que de dire que la réalité a bien changé ; certes, il reste toujours et partout des vestiges de l’organisation ancienne et, dans les pays émergents, le développement de l’économie permet encore ce capitalisme traditionnel.

Dans les pays développés, plusieurs phénomènes ont modifié complètement ce modèle. Le financement de l’économie est désormais assuré dans une très forte proportion par une épargne très largement répartie ; le capital des sociétés cotées n’est pas détenu, sauf exceptions très rares, par des personnes qui en assument le contrôle, mais par une masse d’épargnants dont le pourcentage de détention est négligeable ou par des institutions, fonds d’investissements et compagnies d’assurances qui les représentent.

Dans le même temps, la gouvernance des entreprises a fortement évolué et continue à évoluer pour que les entreprises rendent des comptes à l’ensemble des parties prenantes et pas seulement à leurs propriétaires, évolution facilitée du fait que les propriétaires n’ont plus la parole.

Cette évolution est particulièrement marquée en ce qui concerne les activités réglementées, banque et assurance notamment, dont on considère qu’elles jouent un rôle important pour les sociétés et doivent subordonner leur intérêt à l’intérêt général.

Dans ce contexte, et compte tenu par ailleurs de l’évolution des médias, toute erreur ou tout comportement critiquable de la part d’une entreprises fait l’objet de critiques, voire de sanctions.

Les grandes structures ont naturellement une tendance à la bureaucratisation ; cette évolution dans la gouvernance la renforce ; les structures s’alourdissent, les initiatives et prises de risques se raréfient, au détriment immédiat de l’actionnaire dont on considère qu’il n’a plus voix au chapître et, à plus long terme, de l’ensemble de la société.

Tout ne peut cependant pas s’arrêter mais la responsabilité des décisions n’étant plus assumée dans l’entreprise est de plus en plus déléguée à des sous-traitants : on voit ainsi prospérer les cabinets d’audits et d’avocats et, plus généralement, toutes les formes de conseils d’experts, dont la justification de l’intervention repose plus sur le fait d’assumer la responsabilité morale des choix que l’expertise, laquelle n’est que l’élément nécessaire à l’acceptation sociale du transfert de responsabilité.

Au total, l’économie moderne ne repose plus sur le pouvoir du capital, mais sur celui d’experts, dont les représentants de l’épargne et autres intermédiaires.

Le capital reste vilipendé, mais détenu par une masse de petits porteurs, il est mal traité tandis que les profits s’accumulent discrètement au profit d’entités pour lesquelles le capital a un rôle secondaire, qui pompent une part importante du profit potentiel des grandes structures dites capitalistes : dirigeants, consultants, intermédiaires de tout poil peu soucieux de devenir les sujets des nouvelles théories économiques.

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