Le mépris du profit

Publié en 2015
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La société moderne est caractérisée par une focalisation, que beaucoup jugent excessive, sur le profit.

La recherche de l’enrichissement n’est pas une spécificité récente. Certes, elle prenait davantage, dans le passé, la forme d’une recherche de biens divers (esclaves, terres, objets précieux et œuvres d’art) que de signes monétaires. Mais ce changement n’autoriserait pas le qualificatif d’excessif. Ce qui explique l’emploi du terme, c’est le fait que, pour la première fois dans l’histoire, un pour cent de la population détiendrait plus de la moitié de la richesse mondiale. Cette évolution est évidemment critiquable, car, au-delà même de tout aspect moral ou social, elle est suicidaire. À la limite, si une personne en arrivait à tout posséder, ce « tout » ne vaudrait rien.

Mais a contrario, la critique de la recherche du profit, si elle donne à celui qui l’émet une belle posture morale, ne mérite pas toujours la considération qu’on lui accorde. Le regret de temps anciens, lorsque les activités intellectuelles et artistiques étaient conduites sans recherche du profit méconnaît qu’elles étaient financées le plus souvent non par des Diogène, mais par des princes, avec ce qu’ils extorquaient au peuple. Le terme profit s’applique en effet à ce qu’on gagne en vendant un produit ou un service, pas aux prélèvements imposés aux peuples sans contrepartie. Personne ne devrait oublier, bénéficiaires du système ou contributeurs, que les merveilles intellectuelles ou artistiques du passé sont, pour l’essentiel, l’héritage laissé par des privilégiés et financé par les plus pauvres.

La recherche du profit, sans que ceci justifie ses excès, est dans une certaine mesure la contrepartie du fait que, dans les démocraties, les peuples rechignent à se faire plumer et tentent d’en tirer quelque compensation.

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