Le jour du dépassement

Publié en septembre 2022

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La presse unanime reprend, sans commentaire et à chaque publication, le communiqué de l’organisation Global Footprint Network selon lequel la planète consommerait en un semestre la totalité de ses ressources renouvelables de l’année (dès le 28 juillet pour 2022).

Un minimum d’esprit critique conduit à considérer, que présentée comme elle l’est, cette information ne peut être exacte.

En effet, les hommes ont recours pour satisfaire leurs besoins à trois types de ressources :

• Les ressources non renouvelables, telles que l’énergie fossile, les minerais, etc… Elles n’entrent pas dans l’indice car elles ne sont pas épuisées ou elles le sont mais ne se reconstituent pas pour un nouvel exercice.
• Les ressources renouvelables classiques telles que les denrées agricoles de base (céréales, coton, etc… Comme l’humanité survit, c’est qu’elle continue à consommer après ce fameux jour de dépassement et il est impossible de consommer plus qu’il n’est produit, sauf effet de stock toujours marginal et temporaire.
• Il existe une troisième catégorie de ressources, rarement isolées car minoritaires, qui sont celles retenues par l’indice de Global Footprint. Les ressources concernées ne sont pas spontanément identifiées par la population et leur importance n’est à fortiori pas évaluée. Il serait nécessaire de le préciser lorsqu’on publie cet indice. Ce sont des ressources renouvelables dont il existe un stock naturel.

La plus importante est le bois. Chaque année, les arbres existants croissent et de nouveaux arbres sont plantés, naturellement ou par l’homme. C’est la production de l’année mais ce n’est pas elle que l’on consomme. On abat de grands arbres, réduisant ainsi le stock existant et cette diminution représente beaucoup plus que la production annuelle (en outre, la croissance et l’abatage sont qualitativement et géographiquement différents).

Le second exemple important est la pêche. Le stock naturel se reproduit chaque année, mais on pêche des adultes qui sont les reproducteurs et la croissance de ceux qui échappent à la capture n’équivaut, pour de nombreuses espèces, qu’à une fraction du prélèvement sur le stock. En revanche, d’après le rapport de la FAO, avec une production annuelle de 180 millions de tonnes, l’élevage assure désormais l’essentiel de la consommation mondiale, soit 52 %. L’élevage, à lui seul, couvre donc 6 mois de consommation chaque année et ce chiffre croît rapidement.

L’indice est donc trompeur. Ce changement structurel n’est pas sans poser des problèmes qualitatifs, mais ce n’est pas ce que prétend mesurer l’indice.
Il prend également en compte une ressource de nature différente, à laquelle on ne pense pas spontanément comme ressource et dont l’évaluation est assez incertaine : la quantité de CO2 captée par la nature comparée à la quantité émise. Ce phénomène, qui résulte de l’accroissement de l’émission et de la réduction simultanée des capacités d’absorption de CO2, est celui auquel on attribue la responsabilité principale du réchauffement climatique.

L’épuisement des stocks de bois et de poissons sont des phénomènes importants mais ils ne représentent pas l’économie de la planète. A elles seules, les céréales consommées par l’homme représentent un tonnage quatre fois plus important que la pêche.

Le CO2 est un des éléments de la transition climatique qui, avec la transition démographique, constituent les principaux défis auxquels la planète est confrontée. On ne sait comment son importance est évaluée, quelle pondération lui accorde l’indice et un grand flou existe sur l’influence dans le temps des facteurs naturels qui interfèrent avec les émissions anthropiques.

Au total, on peut considérer que la publication de cet indice a davantage pour but de faire peur que d’informer.

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