Le gouvernement, le peuple et la guerre

Publié en décembre 2020

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La Fontaine nous manque. Il aurait, en quelques vers bien troussés, décrit la tragicomédie dont nous abordons la quatrième saison (l’hiver).

Le peuple

L’opinion publique unanime attend du gouvernement des décisions qui protègent efficacement la population contre tout risque de contamination par la Covid-19, mais pas n’importe quelles mesures : des mesures efficaces mais non contraignantes. Pas de limite à la liberté de circuler ou de se réunir dans un magasin, des cafés, des stades ou des lieux de culte. Même les malades ne devraient pas, selon certains, faire l’objet d’un confinement particulier. A la limite, seule l’attestation obligatoire pourrait être acceptée.

Il faut pouvoir vivre normalement, seulement être protégé et avoir droit à l’insouciance.

Elle somme l’État de faire le maximum pour qu’un vaccin efficace et sans effets collatéraux soit rapidement mis à la disposition de tous, mais pas question de le rendre obligatoire. D’ailleurs, si tous les autres se font vacciner, pourquoi chacun devrait-il le faire ?

Le gouvernement

Face à une menace mondiale, on constate que tous les pays ont puisé dans un panier de recettes assez restreint et ceux qui ont pu s’enorgueillir de meilleurs résultats n’en connaissent pas vraiment la raison ni, a fortiori, celle d’une dégradation ultérieure souvent constatée. A priori, les meilleurs résultats sont allés aux pays les plus soucieux de la situation globale et les plus disposés à imposer des contraintes sévères aux individus.

L’évènement était totalement nouveau par sa rapidité et ses formes. Il était donc naturel que les gouvernements aient été ignorants de ce qu’il convenait de faire, mais ils ne l’ont reconnu qu’implicitement en transférant leur responsabilité à la Science. Las ! La Science ne parle que par ses prêtres et ceux-ci sont des hommes comme les autres, capables des mêmes errements : éblouis par les spots de télévision, ils ont joué le rôle de « sachant » que le politique leur confiait alors qu’ils ne disposaient sur le sujet d’aucune connaissance scientifique particulière établie par l’observation ou l’expérience.

Ils ont eu raison d’exiger que l’évaluation d’un médicament, avancé par l’un d’entre eux comme un remède miracle, soit faite scientifiquement avant que sa prescription généralisée puisse être envisagée.

Mais concernant d’autres points importants, ils ont parlé, sous couvert de la science, de choses qu’ils ignoraient.

Un des éléments essentiels de la lutte contre la Covid a finalement été le port du masque. Il n’y en avait pas de disponible et plutôt que de reconnaître simplement les faits, l’État s’est réfugié derrière la déclaration de ses conseillers scientifiques selon laquelle le masque, indispensable au personnel médical particulièrement exposé, était inutile pour le public. Moins utile sûrement, mais aucune preuve scientifique ne permettait d’affirmer qu’il était inefficace. Lorsque la raison avancée a été que le port du masque dissuaderait la population de respecter la distanciation nécessaire, cette affirmation présentée avec l’autorité de la science incarnée, était une conception propre à ses auteurs, ne reposait sur rien de scientifique et sera démentie par les faits lorsque le masque deviendra obligatoire. Affubler des convictions personnelles de l’autorité de la science est une imposture. Elle a nui au politique, à la population et contribue à discréditer la science qui n’est pas en cause.

La guerre

La lutte contre la pandémie a été lancée par une « déclaration de guerre » du Président de la République.

Qu’eût-on fait s’il se fût agi d’une véritable guerre amorcée par le bombardement imprévu d’un site stratégique national accompagné de l’arrivée de chars aux frontières ?

Dans le quart d’heure  suivant la pénétration des avions ennemis dans l’espace national, des chasseurs auraient décollé pour les abattre ou les repousser ; la mobilisation générale aurait été décrétée dès le lendemain et des commandes d’armement et de munitions auraient été passées à l’industrie pour exécution immédiate. Celle-ci aurait répondu : aux États-Unis, dans les vingt-quatre mois qui ont suivi leur entrée en guerre en 1941, la production d’avions a été multipliée par cinq !

Pour la Covid, rien de tel ! La population a été invitée à courir aux abris. L’État-major sanitaire a occupé les écrans de télévision et l’élément stratégique au nom duquel l’économie a été arrêtée et la société traumatisée, à savoir la capacité d’accueil dans les services de réanimation a reçu un minimum de considération : certes les capacités d’accueil dans les services de réanimation ont été mobilisées au profit des victimes du front, c’est-à-dire de la Covid, mais peu augmentées globalement. C’eut été difficile et coûteux ? Difficile d’acheter, de fabriquer ou d’adapter quelques milliers d’appareils en près d’un an ? On a fait beaucoup mieux en temps de guerre ! Difficile de trouver du personnel compétent ? Il existe des milliers de personnes en France ou à l’étranger, ayant une formation de médecin ou d’infirmier sous ou non employées car à la retraite ou du fait même de la pandémie, qui auraient pu être attirées et formées en quelques semaines, moyennant des rémunérations adaptées, dont le coût, au regard des milliards économisés, eût été négligeable.

Morale de l’histoire

Mourir de la Covid, c’est offenser l’État.

Il est des causes possibles autres que celle-là.

Du Destin, la mort est le terme tragique.

Mais céder au virus, c’est n’être pas civique !

 

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