Le Djihad et l’histoire

Publié en 2016
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les dirigeants des empires souhaitent une population paisible et prospère, le calme étant une valeur en soi et favorisant la prospérité ce qui permet d’imposer de forts prélèvements sans trop avoir à craindre de révolte. Pour parvenir à ce résultat, le peuple doit être nourri par son travail et des transferts sociaux, dépendre d’une réglementation omniprésente qui soumet chaque citoyen à l’État pour chacun de ses actes, et des relais anesthésiants (religions, médias ?) partageant avec les dirigeants les mêmes objectifs et contribuant à leur réalisation. Mais un troupeau craintif et grassouillet attire les prédateurs affamés. Pour le défendre il faut des chiens de garde qu’on ne trouve pas dans le troupeau émasculé : il faut les choisir parmi les assaillants potentiels en les attirant par le partage de la prospérité.

Mais ceux-ci finissent par se dire que les intermédiaires sont inutiles et tendent à prendre la place de leurs maitres.

C’est très schématisé, l’histoire que nous raconte Martinez-Gros éminent professeur d’Islam médiéval et spécialiste de la pensée d’Ibn Khaldoun, dans son ouvrage intitulé « La fascination du djihad ».

Cette interprétation de l’histoire selon Ibn Khaldoun, illustrée par de nombreux exemples, le conduit à voir dans le djihad, de la Mauritanie au Xinjiang, non pas une révolte des banlieues ni une réaction anti colonialiste tardive, mais la résurgence d’un phénomène intemporel : l’opposition entre les peuples producteurs et les guerriers, qui se perçoivent comme des seigneurs, dont la vocation est de les assaillir, les protéger puis les conquérir et les exploiter avant eux-mêmes de s’assimiler et de permettre au manège de l’histoire d’entreprendre un nouveau tour.

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