Le choix des hommes

Publié en avril 2012

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les mécanismes qui font les carrières ont quelque chose de mystérieux.

La société actuelle est hyperconcurrentielle. Il y a concurrence dans l’enseignement, pour accéder aux meilleures formations. Il y a compétition à l’entrée dans la carrière puis à chaque étape jusqu’à la dernière, direction d’une entreprise, d’une institution, ou accession à un poste électif important.

Or ce qui frappe, c’est qu’au terme de ce long processus de sélection, tant de hauts personnages ne sont pas à la hauteur de leurs responsabilités. Pire : plus le poste est important, plus le cursus comporte d’étapes, plus cette constatation est avérée.

L’explication rationnelle pourrait être que les exigences relatives aux postes les plus importants sont telles que peu d’hommes sont en effet à même d’y répondre. Les processus de sélection ne peuvent donc aboutir qu’au choix du candidat le moins mauvais. À l’inverse, beaucoup sont capables d’occuper des postes plus modestes et moins exigeants. Le choix serait donc plus facile et plus sûr.

Cette explication rationnelle a sans doute quelque fondement, mais ne permet pas d’expliquer la médiocrité de certains personnages importants très en vue, notamment parmi les hommes politiques.

La raison principale est que les filtres successifs ne constituent pas un processus cumulatif visant à obtenir certaines caractéristiques à un degré de plus en plus élevé.

Les sablières font passer le sable qu’elles collectent dans des trémies de plus en plus fines dont chacune retient les éléments les plus grossiers. Il ne subsiste en fin de tri que le sable le plus fin.

Les filtres sociaux, eux, sont nombreux, mais s’appliquent à des caractéristiques différentes. Ceux de l’école vont sélectionner l’intelligence abstraite et l’application, éliminant des individus dont certaines caractéristiques eussent pu faire de grands responsables. À l’entrée dans la carrière, ce seront peut-être le dynamisme et la présentation qui seront appréciés. Lors des promotions, le caractère et l’habileté. En fin de parcours, les relations sociales et la conformité à un modèle. Chaque niveau de filtre élimine donc des talents potentiels sur des critères non essentiels par rapport à l’enjeu final.

Ainsi, plus le poste est élevé, plus le groupe dans lequel l’élu est choisi est restreint et appauvri. Plus le poste est modeste, moins les candidats potentiellement aptes sont éliminés prématurément.

0

Vous pourriez aussi être intéressés par

Endettement : la controverse
03 2021

Endettement : la controverse

De plus en plus de débats opposent partisans d’une annulation de la dette publique à ceux pour qui elle doit être remboursée, au premier rang […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
02 2021

Niveau de vie

La monnaie est à la fois l’étalon de mesure de la valeur des biens et le moyen de les acquérir. L’argent représente donc la richesse […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
01 2021

L’avenir de la dette

L’endettement mondial atteint des sommets et les États continuent à emprunter pour éviter les conséquences de la pandémie. Les économistes s’affolent : comment va-t-on gérer […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
01 2021

Croissance ou décroissance ?

Les excès de la société de consommation, qui sont indéniables, inspirent des idéologies favorables à la décroissance. Elle serait, selon elles, nécessaire pour la planète […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
12 2020

Retour à la normale

Tout le monde attend avec impatience la fin de la pandémie et le retour à une situation comparable à l’avant crise. Il est évident que […]

Lire la suite
Le blog de Jean-Claude Seys
09 2020

Crise sanitaire : la cascade de conséquences

Les conséquences de la pandémie du Covid-19 sont de plusieurs ordres : sanitaire, économique et sociale, mais également psychologique. La crise sanitaire a été cruelle et […]

Lire la suite
Charger plus de Tweets