Le choix des hommes

Publié en 2012
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les mécanismes qui font les carrières ont quelque chose de mystérieux.

La société actuelle est hyperconcurrentielle. Il y a concurrence dans l’enseignement, pour accéder aux meilleures formations. Il y a compétition à l’entrée dans la carrière puis à chaque étape jusqu’à la dernière, direction d’une entreprise, d’une institution, ou accession à un poste électif important.

Or ce qui frappe, c’est qu’au terme de ce long processus de sélection, tant de hauts personnages ne sont pas à la hauteur de leurs responsabilités. Pire : plus le poste est important, plus le cursus comporte d’étapes, plus cette constatation est avérée.

L’explication rationnelle pourrait être que les exigences relatives aux postes les plus importants sont telles que peu d’hommes sont en effet à même d’y répondre. Les processus de sélection ne peuvent donc aboutir qu’au choix du candidat le moins mauvais. À l’inverse, beaucoup sont capables d’occuper des postes plus modestes et moins exigeants. Le choix serait donc plus facile et plus sûr.

Cette explication rationnelle a sans doute quelque fondement, mais ne permet pas d’expliquer la médiocrité de certains personnages importants très en vue, notamment parmi les hommes politiques.

La raison principale est que les filtres successifs ne constituent pas un processus cumulatif visant à obtenir certaines caractéristiques à un degré de plus en plus élevé.

Les sablières font passer le sable qu’elles collectent dans des trémies de plus en plus fines dont chacune retient les éléments les plus grossiers. Il ne subsiste en fin de tri que le sable le plus fin.

Les filtres sociaux, eux, sont nombreux, mais s’appliquent à des caractéristiques différentes. Ceux de l’école vont sélectionner l’intelligence abstraite et l’application, éliminant des individus dont certaines caractéristiques eussent pu faire de grands responsables. À l’entrée dans la carrière, ce seront peut-être le dynamisme et la présentation qui seront appréciés. Lors des promotions, le caractère et l’habileté. En fin de parcours, les relations sociales et la conformité à un modèle. Chaque niveau de filtre élimine donc des talents potentiels sur des critères non essentiels par rapport à l’enjeu final.

Ainsi, plus le poste est élevé, plus le groupe dans lequel l’élu est choisi est restreint et appauvri. Plus le poste est modeste, moins les candidats potentiellement aptes sont éliminés prématurément.

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