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Le capitalisme financier

Publié en décembre 2017
Président de l'Institut Diderot, fondateur, président du groupe d’édition Humensis et président d’honneur du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA, GMF et PartnerRe.

 

L’expression « capitalisme financier » est passée dans le langage courant, avec un sens généralement péjoratif. Les idéologies d’extrême gauche et les journaux satyriques ne font pas de différence avec un capitalisme qui ne serait pas financier, les derniers illustrant toujours le capitalisme par des personnages à la Daumier en jaquette, haut de forme et cigare aux lèvres.

Cette confusion est entretenue par le fait que personne n’a vraiment pris la peine de définir ce que serait le capitalisme financier par rapport au capitalisme tout court, qui désigne l’appropriation de l’appareil productif.

Cependant, si on veut comprendre le monde en vue d’agir en faveur ou contre une forme d’organisation sociale, il est indispensable de le comprendre et donc de connaître la réalité.

Le capitalisme est l’organisation sociale qui repose sur la propriété du capital nécessaire au financement de l’équipement productif par des entités à qui appartient le pouvoir économique : il peut s’agir de l’Etat ou de personnes.

L’équipement ne peut fonctionner sans main d’œuvre : le capital et le travail se partagent la valeur créée par l’entreprise et vont donc s’affronter puisque ce qui va à l’un ne va pas à l’autre. Dans la première phase de la révolution industrielle, le capital est rare, le travail abondant et peu qualifié. Le rapport de force est donc favorable au capital.

Le capitalisme financier se distingue d’abord par la séparation entre la détention du capital et le pouvoir qui lui est attaché. Le capital est devenu abondant, sa propriété largement dispersée et sa gestion est assurée par des organismes spécialisés, compagnies d’assurances, gestion collective, fonds d’investissement, holdings cotés parfois empilés.

Ces professionnels ne s’intéressent pas aux caractéristiques propres des entreprises comme pouvaient le faire les dynasties industrielles, mais à la seule dimension qui leur est commune, la finance.

Cette focalisation conduit très logiquement à privilégier un horizon relativement rapproché car avoir confiance dans un avenir à long terme qui ne soit pas aveugle suppose une connaissance intime de l’entreprise. Par ailleurs, nombre de financiers ont des rémunérations qui croissent avec les profits mais ne souffrent pas des pertes éventuelles ; il n’y a donc pas de véritable solidarité de sort.

Pour atteindre leurs objectifs, ils vont utiliser le pouvoir des actionnaires dont ils disposent sans être propriétaires du capital, pour désigner à la tête des entreprises des responsables qui partagent leur philosophie et seront largement rémunérés en fonction des résultats à relativement court terme, à travers notamment des mécanismes de stock-options.

Cette attitude n’est pas nécessairement défavorable aux entreprises dont les dirigeants traditionnels n’ont pas assuré une gestion efficace, mais malheureusement, l’atteinte de résultats à court terme appelle la mise en œuvre de moyens qui sont non seulement différents, mais s’opposent fréquemment aux moyens requis pour optimiser les résultats à long terme.

Les marchés renforcent cette tendance : les cours en bourse sont généralement un multiple des bénéfices annuels, par exemple 10.

En réduisant les dépenses, il est souvent facile d’augmenter le profit instantané par exemple de 20 %, ce qui va conduire à une augmentation de la valeur de 20 %, alors qu’il sera impossible de répéter plusieurs fois l’opération et que cette réduction peut être néfaste à long terme.

Dans ce jeu, l’actionnaire individuel, qui souhaite prioritairement assurer la conservation de son capital, est finalement perdant, mais néanmoins qualifié d’affreux capitaliste !

Or, l’essentiel du capital des entreprises cotées appartient à une grande masse d’épargnants à travers des dispositifs intermédiés : en France, sur une capitalisation boursière de l’ordre de 2 000 Mds d’euros, la détention directe d’actions est de l’ordre de 350 Mds d’euros seulement, pour l’essentiel dans les mains de 3 millions de porteurs ; la part détenue par des personnes assurant la direction des entreprises, ou ayant une influence sur la désignation des dirigeants ne représente qu’une petite fraction de ce montant. La rémunération des actionnaires est globalement faible sur longue période. Elle s’est encore affaiblie au cours des dernières décennies et le coût de l’intermédiation et la fiscalité réduisent encore cette faible rémunération.

C’est le sort de tout groupe social privilégié que de perdre ses privilèges quand il devient numériquement trop important.

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