L’attentat d’Orlando

Publié en juin 2016

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’attentat d’Orlando a été commis par un islamiste, mais il semble qu’il n’a pas été mandaté par une organisation terroriste et aurait agi de son propre chef. Mais que signifie le fait de tuer 50 personnes inconnues pour un individu ?

Aux Etats-Unis les meurtres collectifs sont fréquents et les records de cruauté régulièrement  battus. Il y en a eu un particulièrement sanglant en Norvège et d’autres un peu partout, notamment en France : leurs victimes représentent une catégorie de personnes détestées par l’auteur du crime, en l’occurrence les homosexuels pour Orlando, mais ce peut être les juifs ou les arabes, les riches, les étrangers ou d’autres encore.

Devant ces massacres, le grand public sent que les explications idéologiques ne révèlent pas les causes premières des atrocités commises mais guident seulement le  choix des victimes et attribue ces actes à quelque forme de folie.

La psychanalyse a mis en évidence le rôle de la relation à l’autre dans la formation de la psyché et ses dérèglements éventuels ; l’autre, c’est d’abord les parents, puis les autres proches. La société au sens large joue un rôle dans la formation de l’individu à travers ses modèles, ses normes et ses interdits, mais ce sont traditionnellement les proches, famille mais aussi prêtre ou maitre qui en sont le vecteur, leur donnent leur puissance mais les filtrent.

Le schéma traditionnel est modifié par l’affaiblissement de l’environnement familial, dispersé, éclaté, recomposé ; instable  et la perte d’influence des structures d’accompagnement qu’étaient l’église et l’école.

Simultanément, le jeune est mis directement en contact avec la société à travers ses représentations télévisées, les réseaux sociaux, la publicité, les jeux vidéo. Les messages reçus ne sont plus filtrés et il n’y a plus de distinction entre le réel et l’imaginaire, le vrai et le faux, le souhaitable, le toléré et l’interdit. Les valeurs les plus véhiculées sont relatives à la force brute : tuer est considéré  comme normal quand l’autre est le méchant, c’est-à-dire celui qu’on a décidé de considérer comme tel. La notoriété est une valeur qui couronne la violence et l’incongru.                 .

Les amis s’acquièrent et se perdent sur les réseaux sociaux comme des pions sur un damier.

Il n’y a pas de cohérence entre les messages reçus ainsi, ni avec les messages familiaux qui subsistent. Quels effets cette accumulation peut-elle avoir sur la psyché ?

Les nutritionnistes  expliquent que l’alimentation moderne n’est pas adaptée à un corps soumis pendant des siècles au régime des chasseurs-cueilleurs. Ne doit-on pas penser que ce qui est vrai pour le corps l’est pour l’esprit ?

Le diagnostic populaire traduit vraisemblablement une réalité : les êtres nourris principalement par les images incohérentes que la société leur assène, sans le secours de proches capables de les filtrer et de leur donner un sens dans le cadre d’une culture élaborée par la société pour se protéger et protéger ses membres peuvent-ils ne pas être des mutants ?

 

 

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