La transition énergétique

Publié en novembre 2018

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’opinion publique française est dans son ensemble favorable à l’abandon des énergies fossiles au profit des énergies propres.

Mais le consensus s’arrête là.

Une large partie de l’opinion souhaite l’abandon du nucléaire.

L’énergie éolienne rencontre des oppositions de plus en plus vives de la part de ceux dans l’environnement desquels sont construites les éoliennes.

L’énergie photovoltaïque est relativement bien vue, mais ce consensus concerne surtout l’utilisation de surfaces construites : toits d’usines, parkings mais éclate lorsqu’il s’agit de surfaces agricoles ou naturelles.

Le traitement de la biomasse est accepté lorsqu’il s’agit de déchets agricoles, ménagers ou industriels, mais pas celui de produits agricoles dont le développement pourrait nuire à la production alimentaire…

L’économie d’énergie est à peu près la seule voie de consensus.

Alors que l’abandon des ressources carbonées ne pose pas de problème insurmontable, l’ensemble des réticences sur les alternatives renouvelables rend la transition énergétique problématique.

Une politique énergétique est pourtant nécessaire pour atteindre les objectifs de limitation du réchauffement climatique, mais aussi pour rebattre les cartes de l’activité économique, car les énergies renouvelables peuvent apporter beaucoup sur les plans géopolitiques, économiques et sociaux.

Sur le plan géopolitique, la dépendance de notre pays à l’égard des fournisseurs de pétrole et de gaz est un vrai défi. Il est évident que la diversification des sources, non seulement sur la plan géographique mais également dans leur nature  peut la réduire.

L’abandon du nucléaire serait dommageable en tant qu’élément de diversification des ressources et tout particulièrement de réduction de ressources locales, mais aussi de positionnement de la France dans l’économie mondiale. Le savoir-faire acquis est un atout de la France qui a besoin de payer ses importations par l’exportation de biens et services à forte valeur ajoutée. Il faut, dans ce sens, poursuivre l’investissement en faveur des réacteurs de génération 3 et continuer à explorer la domestication de l’énergie issue de la fusion et peut-être, pour une période intermédiaire, continuer les travaux de recherche sur des filières nucléaires à risque moindre.

Pour les énergies renouvelables, outre leur intérêt géostratégique, elles sont de nature à remplacer des ressources importées par des ressources  nationales comportant des composantes recherche et travail précieuses.

Il faut pour les produire de l’espace et des matières premières agricoles terrestres ou maritimes. C’est donc une forme d’activité déconcentrée favorable au développement  régional et, en règle générale, particulièrement adaptée aux régions les plus pauvres où la ressource foncière est moins rare.

Globalement, leur développent peut être la base d’une renaissance agricole ; l’éolien a besoin d’espace mais n’en interdit pas l’usage agricole de la terre, le solaire peut être produit sur tous les espaces couverts ou couvrables utilisés par les agriculteurs, mais aussi la couverture de voies de circulation routière ou ferroviaire dont la France est particulièrement riche. Quant à la biomasse, elle est produite en zone rurale pour l’essentiel : il y a consensus sur l’emploi des déchets et du bois, mais une production agricole spécifique doit être autorisée et même encouragée dans certaines régions et pour certaines spéculations ; ce ne serait pas une menace à court terme sur l’alimentation et à plus long terme, la baisse quasiment inéluctable de la consommation de viande va libérer d’autres espaces.

Ainsi, au lieu d’opposer écologie et agriculture, une politique audacieuse de transformation peut faire des agriculteurs et de l’outil rural des facteurs clefs de la transition au seul prix du grincement de dents de quelques minorités égoïstes.

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