La politique dans la complexité

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’idée ne viendrait à personne  de contester le fait que le monde moderne est d’une formidable complexité.

La complexité n’est pas une dimension objective d’un ensemble mais résulte de la multiplicité de ses éléments constitutifs et de leurs relations qui rendent leur appréhension difficile et incertaine à tous et souvent impossible à beaucoup.

 

Pour affronter la complexité, les hommes ont tendance à décomposer un tout afin d’analyser séparément ses différents éléments : sur le plan intellectuel, cette spécialisation a permis de nombreux progrès, mais à mesure que la complexité et la spécialisation s’accroissent, les inconvénients dû à la non prise en compte de la totalité ne cessent de se développer.

Le champ du politique est particulièrement complexe puisqu’il comporte des composantes culturelles, religieuses, économiques, démographiques, etc..

Pour contourner l’obstacle de la complexité, les hommes politiques, comme le citoyen de base, ne se spécialisent pas mais choisissent de considérer une dimension comme essentielle et négligent les autres.

Ainsi, des opinions  rigoureusement opposées ne traduisent pas nécessairement des intérêts opposés, mais plus généralement le choix de points de vue différents : les programmes de gauche privilégient la dimension sociale et tendent à développer la solidarité tandis que les libéraux s’attachent à développer l’économie par exemple.

Bien que ces points de vue s’affrontent fortement, on voit qu’ils ne sont pas opposés frontalement : les libéraux constatent que la solidarité non seulement décourage l’effort de ceux qui en bénéficient mais aussi ceux qui la financent, qui finissent par considérer  que leurs efforts ne sont pas assez récompensés : l’exemple historique des pays communistes dont le régime a conduit la population à une grande pauvreté, le démontre.

La gauche n’est pas hostile au développement économique ni nécessairement à la liberté d’entreprendre ; elle constate que ceci est en effet favorable au développement économique, mais déplore qu’il ne profite qu’à certains, qu’une partie de la population non seulement continue à souffrir de la pauvreté, mais se trouve marginalisée, ce qui rend la pauvreté plus difficile à supporter que dans un monde uniformément pauvre.

Il est tentant, mais largement illusoire, de chercher des synthèse que la complexité ne permet pas : l’alternance politique est le moyen qui permet en pratique, d’éviter des trop grands excès d’inefficacité ou d’inégalités que provoque la poursuite prolongée d’une politique unidimensionnelle.

Ces mouvements de bascule, nécessaires pour éviter de trop grands déséquilibres, sont néanmoins sources d’inefficacité et de gaspillage : il serait préférable que les forces de rééquilibrage s’exercent en continu, par exemple que les bénéficiaires de la solidarité soient responsabilisés et que les patrimoines ne puissent s’accumuler indéfiniment au-delà des générations, non seulement pour limiter les inégalités lorsqu’elles ne résultent pas des résultats de l’activité, mais également dans un souci d’efficacité économique.

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