La durée du travail

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La durée du travail hebdomadaire ou annuelle -sous-entendu salarié – est un concept apparemment simple : c’est par exemple la durée légale de 35 heures par semaine.

La réalité est plus complexe : comme souvent, les choses apparaissent simples lorsqu’on les envisage sous un angle unique, en l’occurrence selon la norme imposée à l’employeur.

Vue de l’angle du travailleur intéressé ou de la cellule familiale, elles apparaissent différentes et on pourrait définir encore d’autres points de vue.

Le temps de travail du salarié est réputé être le temps payé, la perception d’un revenu à certaines périodes de non travail (vacances, retraite,…) correspondant simplement à un salaire différé.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Autrefois, une grande partie de la population vivait en autarcie, ne consommant que les fruits de son travail, essentiellement consacré à l’agriculture.

Quand l’importance des échanges s’est accrue, l’autoconsommation s’est réduite au profit d’échanges de biens. La valeur des biens  reçus en contrepartie n’était pas un salaire.

Les choses ont changé quand le travail salarié en entreprise s’est développé ; mais cette évolution a occulté une partie de la réalité.

Lorsqu’un seul membre de la famille travaille, il faut compenser la baisse du travail domestique consacré à la production de biens auto consommés par le recours au marché et à l’achat d’équipement pour améliorer la productivité du second conjoint dans les tâches du foyer. Il y a un avantage quantitatif et qualitatif ; le marché fournit une variété de produits dont la production est impossible au niveau familial et le coût – en termes de temps de travail – est généralement moindre du fait de la productivité relative des entreprises.

Lorsque le second membre du couple devient également salarié, le recours aux biens et services du marché n’est plus une option quand celui-ci est plus intéressant, mais une obligation et l’amélioration du niveau de vie ne correspond plus au salaire reçu, mais à celui-ci diminué de tous les surcoûts (taxes, cotisations sociales, recours au marché,…)

Le temps de travail fourni par l’unité familiale est alors le double du temps individuel : le temps de travail évalué à ce niveau n’a pas baissé…

Par ailleurs, entre le temps de travail, considéré comme tel et le temps total pris par le travail sur le temps de vie, il y a le temps du trajet qui est considéré tantôt comme du temps de travail – en regard de la réglementation des accidents de trajet par exemple – tantôt comme du temps libre (il n’est pas rémunéré).Pour le salarié, c’est une obligation relative à son travail. Il est très important, souvent 2 heures par jour, soit plus qu’une journée de travail stricto sensu par semaine et plus de 2 pour la cellule familiale.

 

Au total, et contrairement à ce que donne à penser la forte réduction du temps de travail individuel, le temps absorbé par le travail au niveau de le cellule familiale ne s’est pas réduit alors même que la productivité des activités domestiques, après avoir augmenté du fait de la multiplication des biens d’équipements ménagers se réduit du fait d’obligations multiples imposées à la famille.

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