La démocratie, un équilibre instable

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La démocratie est le régime politique qui permet en théorie à tout citoyen de participer au gouvernement de la cité, soit en accédant au pouvoir par le suffrage de ses concitoyens, soit en choisissant le programme qui lui convient et en contribuant à la désignation des dirigeants devant le mettre en œuvre.

Personne n’a trouvé mieux à ce jour, mais comme l’a dit Winston Churchill, le fonctionnement concret est l’occasion de difficultés que la forme théorique fait oublier : la démocratie s’avère « le pire des régimes, à l’exception de tous les autres ».

Lorsque la société est hétérogène et que tous les points de vue se valent, le compromis n’est pas toujours – et même rarement – possible. Or, la société ne peut simultanément faire des choses opposées : ne pas trancher fait tomber la démocratie dans l’anarchie, imposer le point de vue du majoritaire est, selon les termes de Ludwig Von Miese, lui donner un pouvoir dictatorial.

Les bonnes âmes peuvent penser qu’un compromis raisonnable est toujours possible, que la majorité n’autorise pas celui qui la détient à ne pas tenir compte des minorités ; si cette constatation est vraie pour nombre de problèmes mineurs, elle cesse de l’être lorsque le débat porte sur des enjeux considérés comme vitaux. Ce qui est d’autant plus fréquent que les sociétés sont hétérogènes : les oppositions religieuses, on l’a vu de tout temps et on le voit encore dans nombre de pays, ne s’accommodent pas de compromis. Les débats entre révolutionnaires et conservateurs, entre urbains et ruraux, peuvent être d’une grande violence et la deuxième guerre mondiale a montré que les affinités internationales des différentes composantes de la population française étaient incompatibles.

Si les oppositions frontales sont rares, les petites oppositions peuvent devenir très nombreuses d’autant que les sociétés démocratiques, par nature, tendent à légiférer sur tout afin de donner satisfaction à tous ; l’addition de petites oppositions peut se cristalliser autour de groupes progressivement incapables de vivre ensemble.

Dans ce contexte, une majorité peut se rassembler sur un thème considéré, sur le moment, comme essentiel, alors que les composants très divers de cette majorité peuvent s‘opposer dès le lendemain pour le reste.

Sachant en outre que dans une société, 30 % des citoyens ne votent pas en raison de leur âge ou par défaut d’inscription, que 20 à 30 % des inscrits s’abstiennent, que le système électoral permet, selon les pays, de l’emporter avec 50 % des suffrages exprimés ou beaucoup moins et qu’une fraction des électeurs a voté par défaut, le gouvernement de la cité ne représente, en fait, qu’une opinion minoritaire. S’il prétend imposer la loi en s’appuyant sur la légitimité juridique de son élection, il justifie le jugement de Ludwig Von Miese, s’il ne le fait pas, il laisse la place à l’anarchie et s’il balance régulièrement d’une partie à l’autre, il accumule les adversaires et court à sa perte.

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