Intelligence artificielle et complexité

Publié en 2019
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’intelligence artificielle, qu’elle que soit la date de naissance qu’on lui accorde et la définition qu’on en donne, est une discipline très jeune à l’aune de l’histoire. Elle peut déjà énormément de choses. Elle peut se construire elle-même, ce qui est sa caractéristique la plus distinctive, et si elle ne le fait pas encore sans orientation première donnée par l’homme, par exemple analyser tous les visages humains pour être capable de faire de la reconnaissance faciale, les progrès sont exponentiels, puisqu’à mesure qu’elle progresse, elle complète de plus en plus l’intelligence humaine dans l’élaboration de son propre avenir.

Certains prétendent qu’elle ne pourra jamais être dotée de toutes les dimensions de l’intelligence humaine. Peut-être, peut-être pas.

Elle peut faire tendre vers l’infini les capacités dont elle est dotée ce qui est de nature à bouleverser le monde.

Cela fait peur, mais, d’un autre côté la complexité du monde est désormais telle qu’elle échappe à l’intelligence humaine. Chaque nouveau progrès scientifique ou technique exige davantage de spécialisation des personnes qui prétendent l’appréhender et la communication entre elles, ainsi que l’arbitrage social des priorités, deviennent progressivement impossibles, conduisant à une insatisfaction générale et à des risques de confrontations sociales, nationales ou internationales.

L’Intelligence artificielle nous offre peut-être un supplément d’intelligence collective capable de contrôler et de maîtriser cette complexité. Mais au profit de qui ?

De docteurs NO de nouvelle génération, délaissant la recherche d’armes de destruction massive au profit du contrôle intellectuel et de la manipulation des masses ou au profit des peuples et des démocraties aujourd’hui à la peine ?

La première hypothèse a pour elle le témoignage de l’histoire : quand des moyens existent de prendre le contrôle sur une masse d’individus, les candidats désirant les utiliser sont toujours très nombreux.

La seconde hypothèse est moins probable : il faut que les populations soient convaincues de la nécessité de maîtriser une force de nature nouvelle et de faire les efforts nécessaires tout en se dotant d’une gouvernance qui ne soit pas un cheval de Troie. Mais c’est possible si suffisamment d’hommes réussissent à se convaincre que l’avenir peut et doit être maîtrisé avec des moyens adaptés à sa complexité et non par une régression à des stades historiques révolus.

Le contrôle des ressources limitées de la terre en regard des besoins insatisfaits d’une population trop nombreuse risque de conduire à des conflits qui seront gagnés par ceux qui maîtriseront le plus de moyens techniques et scientifiques et cette maîtrise passera par celle de l’intelligence artificielle.

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