INDIVIDUALISME ET GRÉGARISME

Publié en mars,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’individualisme progresse. De moins en moins de personnes acceptent des contraintes venant de l’environnement, qu’il soit proche comme la famille ou lointain comme l’État, alors que les individus dépendent de plus en plus de la société ne serait-ce que pour se procurer un verre d’eau.

Parallèlement, la société tend à considérer que tous les individus doivent avoir un même poids et donc une même part de voix, indépendante de leur situation sociale et de leurs caractéristiques personnelles.

Paradoxalement et dans le même temps, une expression pour décrire nos sociétés fait florès : «The best takes all». L’expression anglaise illustre que les langues sont soumises à la même propension à la marginalisation de tout ce qui n’est pas premier, comme elle le signifie.

Le phénomène est normal et a toujours existé, seule son ampleur est nouvelle. Dans un monde où la communication était difficile, le « premier » était local : ainsi bien des villes disposaient autrefois d’orchestres, souvent médiocres. Les citoyens accordaient leur préférence à celui qu’ils considéraient comme le meilleur tout comme maintenant. Mais un pays comportant de nombreuses cités comptaient donc une pluralité d’orchestres préférés.

Avec les médias modernes, les idées, les arts, les personnalités ou les objets sont en concurrence mondiale. Cela conduit à concentrer les suffrages sur un tout petit nombre. Bien entendu chaque domaine comporte son favori ce qui laisse subsister un minimum de diversité ; mais les médias unifient progressivement les préférences d’ensembles au départ hétérogènes. Ainsi la télévision a contribué à l’éviction quasi-totale des langues régionales et à l’effacement progressif de certaines langues nationales au profit du seul anglais, de sorte que les chanteurs, les films ou les livres entre lesquels seront désignés les meilleurs seront d’abord choisis parmi ceux qui s’expriment dans cette langue.

C’est donc une contradiction de nos sociétés de prétendre imposer l’idée que tous les hommes et toutes les idées se valent et de placer simultanément dans chaque domaine certains au-dessus de tous les autres.

Moins spectaculaire mais de même sens est le développement des influenceurs. On comprend que des personnalités très connues, sportifs ou acteurs de cinéma par exemple, puissent être imités par ceux qui les admirent et voudraient s’identifier à eux, dans leur tenue vestimentaire ou leur boisson préférée. Mais que des jeunes sans visibilité, souvent très ignorants et sans expérience, réussissent à dicter leurs comportements d’achat par exemple, à des jeunes qui ne les connaissent pas est vraiment étonnant.

Ainsi la société valorise l’individu et l’égalité universelle mais pratique en fait un grégarisme et un suivisme qui en sont sans doute le contrepoids nécessaire mais contribuent à l’émergence du populisme politique.

 

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