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Indicateurs et concepts économiques

Publié en décembre 2019
Président de l'Institut Diderot, fondateur, président du groupe d’édition Humensis et président d’honneur du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA, GMF et PartnerRe.

Indicateurs et concepts économiques.

Comme d’autres concepts et indicateurs économiques, la classification des activités en trois secteurs primaire, secondaire et tertiaire, intervenue au début des années 60, n’a désormais qu’une valeur descriptive et n’aide plus guère à la compréhension des problèmes auxquels le monde est confronté. Elle ne met notamment pas en évidence deux problèmes essentiels :

– l’importance des externalités : l’économie classique ne prend pas en compte l’appauvrissement des richesses minières, la dégradation des sols ou la pollution, ce qui a contribué au développement des problèmes liés à l’environnement qui constituent les défis de notre temps. De ce point de vue la bonne classification distinguerait un secteur fondé sur la non prise en compte des externalités sans lesquelles ces activités n’existeraient pas et ceux pour lesquels elles ne sont qu’une conséquence marginale et contingente.

– Dans une économie mondialisée, le développement des échanges de biens et services du fait de la spécialisation internationale du travail est, avec le développement de la productivité, un des moteurs du progrès des niveaux de vie. Or toutes les activités économiques ne se prêtent pas également aux échanges internationaux qui doivent pourtant tendre à l’équilibre, même si le recours à l’endettement peut repousser cette exigence dans le temps.

De ce point de vue on pourrait définir trois secteurs plus porteurs de sens que la classification actuelle.
– Les services des administrations, non exportables et non concurrentiels.
– La production de biens et de services non exportables mais du domaine concurrentiel, par exemple le logement et les services à la personne.
– La production de biens et services exportables (y compris l’accueil de touristes étrangers).

La production minière et la production agricole appartiennent dans cette nouvelle classification au même ensemble que l’industrie.
Toutes choses étant égales par ailleurs, les besoins couverts par les administrations tendent à se développer avec le niveau de vie : la santé, l’éducation, la justice, la culture, etc… sont des biens supérieurs largement fournis par les Etats. Ceux-ci ont par ailleurs une propension à promouvoir l’emploi dans les activités non soumises à la concurrence extérieure, donc non exportables ou de façon très marginale : construction, services à la personne, etc…

Au total le troisième secteur tend à se contracter par rapport aux autres et en raison de la spécialisation internationale du travail alors que se développe la nécessité d’exporter davantage. Un risque élevé de corner naît de cette situation. En effet, si la société ne peut financer ses importations, elle se prive des meilleurs produits au meilleur prix. La valeur de sa monnaie doit baisser pour promouvoir les exportations – ce qui est difficile si le secteur est très réduit – et surtout pour limiter ses importations, ce qui pèse sur le niveau de vie et la capacité même de développement futur.

Si le troisième secteur n’existait pas du fait de l’absence de production exportable par nature, en raison d’une compétitivité insuffisante, ou encore en conséquence d’interdictions d’exporter, le pays devrait vivre en autarcie avec un faible niveau de vie, comparable à celui de la Corée du Nord ou de l’Albanie. Sans les deuxième et troisième secteurs, le premier ne pourrait pas davantage exister.

Évidemment, dans un pays de taille limitée comme les Pays-Bas, qui ne peuvent tout produire dans des conditions économiques acceptables, le secteur trois est plus vital que dans un pays- continent comme la Chine ou les États-Unis, pour lesquels les importations ne sont qu’un complément plus ou moins marginal. Or dans un pays moyen comme la France, le volume de ressources consacrées à faire vivre le secteur administratif tend à faire perdre leur viabilité aux secteurs deux et trois sur lesquels tout repose.

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