Idéologie et politique

Publié en 2017
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La politique est censée mettre en œuvre une conception de la vie et du rapport entre les hommes c’est-à-dire une idéologie, entendue comme un ensemble de valeurs et d’idées. Une politique sans idéologie ne peut se concevoir, mais, en même temps, l’idéologie s’oppose par sa nature au politique qui est la gestion concrète de la cité, l’action sur le réel, c’est-à-dire un compromis entre le souhaitable et le possible.

L’idéologie constitue, selon Hannah Arendt, un système d’interprétation définitive du monde qui affirme son caractère irrécusable et infalsifiable. Elle peut donc nourrir une passion peu compatible avec l’exigence de pragmatisme qui fonde l’efficacité du politique.

En d’autres termes, l’idéologie est le support de la passion alors que le politique se veut œuvre de  la raison.

La gestion des transports en région parisienne illustre bien cette opposition ; l’idéologie écologique poursuit de sa hargne les pollueurs, en particulier les automobilistes ; la politique qu’elle inspire condamne l’utilisation de l’automobile et prétend imposer le transport collectif. L’intelligence politique tiendrait compte du fait qu’un réseau saturé ne peut absorber plus de passagers –sinon il ne serait pas saturé-  et qu’un réseau exploité à fond, sans marge de sécurité, est très vulnérable ; qu’au demeurant, faire dépendre la vie de la cité d’un seul réseau crée une vulnérabilité inacceptable sur le plan politique, car un seul élément, syndical, terroriste ou technique peut immobiliser le réseau : le fait qu’une grève puisse intervenir dans le RER (RER B, 16 décembre 2016) alors que la circulation automobile est interdite aux véhicules de numéro impair en est une illustration anecdotique.

Si l’objectif d’améliorer la qualité de l’air était politique et non idéologique, les berges de Seine n’auraient pas été interdites à la circulation, mais réservées aux véhicules électriques, ce qui eût été un formidable moyen de développer leur usage sans effet collatéraux négatifs.

Aussi, l’histoire constitue-t-elle un cimetière des idéologies et les bénéficiaires potentiels en sont les premières victimes : les idéologies égalitaristes  produisent les inégalités extrêmes que l’on constate en matière d’éducation et de santé par exemple, l’écologisme à l’empoisonnement de la vie du citoyen dont on prétend sauver la lointaine descendance.

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