Guerre aux passeurs !

Publié en 2015
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Lundi 18 mai : l’Union européenne a arrêté son dispositif de lutte contre les réseaux de passeurs qui organisent les transferts d’immigrants d’Afrique vers l’Europe.

La première préconisation du comité militaire de l’Union européenne était d’organiser une intervention armée contre les bateaux et les installations au sol des passeurs. Celles-ci ne sont pourtant pas difficiles à déplacer ailleurs, et tant qu’une installation subsiste, les passeurs peuvent continuer d’exercer. De proche en proche, il aurait fallu tout raser. Projet irréaliste à tous égards.

Les armées sont conçues pour, d’une part, détruire des adversaires dont le nombre et l’équipement font la force et, d’autre part, affaiblir leurs bases économiques. Atteindre une fraction significative de ces objectifs permet d’amener l’adversaire à la paix. On ne voit pas comment des réseaux plus ou moins comparables à des mafias, fondues dans les populations, que les polices spécialisées ont tant de mal à combattre, pourraient l’être par l’armée, a fortiori sans engagement au sol. Les passeurs ne peuvent vraiment être identifiés que lorsqu’ils sont sur leurs bateaux avec leurs passagers et il n’est alors pas possible de les couler. Par ailleurs, une fois que les immigrants ont touché terre, s’ils n’ont pas fait naufrage avant, seul l’équipage peut être interpellé. Or il ne s’agit que de simples exécutants, que toute mafia a pour principe d’abandonner et de remplacer sans état d’âme et sans préjudice pour elle-même. À ces difficultés qui suffisent à retirer toute pertinence aux premières intentions affichées s’ajoute le fait que les bases se situent dans des zones où l’on trouve des milices fortement armées, dont certaines probablement liées aux passeurs. Les attaquer militairement reviendrait à ouvrir, avec des moyens limités, un nouveau front là où les premières interventions menées avec de grands moyens n’ont fait que mettre une pagaille dont nous devons maintenant gérer les conséquences.

Le bon sens a fini par l’emporter, notamment du fait de la pression américaine, et les principaux risques ont été évités. Bien sûr, le nouveau dispositif sera inefficace, mais s’il n’existe aucune bonne solution, est-il pour autant nécessaire d’en tenter de stupides, qui coûtent et aggravent la situation ?

Cette affaire est tragique à de nombreux points de vue, mais elle n’est évoquée ici qu’en ce qu’elle illustre le caractère surréaliste de nombreuses décisions importantes.

Le principe démocratique repose sur la prise de décision collective. Comment peut-il être préservé si trop souvent les décisions qu’il inspire sont absurdes ?

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