Grands risques et petites peurs

Publié en septembre 2019

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Notre siècle est celui des paradoxes : tout accident, tout évènement un peu chaotique fait l’objet de la part des médias de manifestations indignées : Comment se peut-il que des mesures de prévention ne l’aient pas empêché ? Qui sont les responsables ? Cette focalisation permanente sur tous les aléas de la vie quotidienne, dont la variété même et les enjeux souvent limités, ne permettent guère l’analyse et la prévention, s’accompagne d’une grande indifférence à l’égard de grands risques qui, par construction, ne se produisent pas fréquemment et ne fournissent pas matière à émotion et articles, mais peuvent s’avérer très dommageables pour la société le jour où ils se produisent.

Les réseaux de toute nature se développent de plus en plus et sont source de vulnérabilité : le passage au tout électrique par exemple, y compris pour le transport routier crée le risque peu probable mais pas impossible d’un arrêt brutal et total de l’économie. L’arrêt du fonctionnement des réseaux numériques, à la suite d’un orage solaire d’une violence inhabituelle aurait des conséquences beaucoup plus importantes que celles qui furent imaginées marquer le passage à l’an 2000.

En matière de transport, on tend à privilégier le rail, beaucoup plus vulnérable que la route et surtout qu’un mixte rail/route/air/eau :

Pendant la deuxième guerre mondiale, on a assisté à une véritable bataille du rail mais la vulnérabilité de celui-ci est aujourd’hui bien plus grande parce qu’aux risques matériels se sont ajoutés les risques numériques et que les moyens de destruction ont beaucoup progressé : les drones par exemple, peuvent constituer un vecteur simple pour la destruction d’infrastructures vitales : l’exemple récent de la destruction par deux drones d’installations pétrolières assurant 5 % de la consommation mondiale en Arabie Saoudite en est la preuve.

Pour les grandes villes comme Paris, l’objectif du « tout métro » , crée une vulnérabilité extrême en permettant soit du fait d’une agression sur les équipements d’alimentation ou de contrôle, soit d’un mouvement à but social ou politique, de réduire la ville  à quia.

Le mouvent brownien de l’actualité ignore cette montée des risques individuellement peu probables, mais dont le nombre croissant rend la réalisation de l’un d’entre eux de plus en plus probable.

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