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Faut-il de la croissance ?

Publié en décembre 2017
Président de l'Institut Diderot, fondateur, président du groupe d’édition Humensis et président d’honneur du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA, GMF et PartnerRe.

 

Certains mouvements écologiques prônent la décroissance afin de préserver les ressources naturelles et, plus généralement ménager la planète.

C’est une réflexion qui pêche par une focalisation excessive sur les aspects les plus apparents des problèmes que nous rencontrons au détriment d’une réflexion plus globale.

En effet, les résultats de la croissance ne sont ni exclusivement ni nécessairement la production d’une plus grande quantité des biens et services que nous connaissons : plus de voitures et donc de pollution, plus de surfaces bâties et donc moins de terres cultivables, plus de calories par personne et donc plus d’obésité, etc…

La recherche d’un monde meilleur conforme aux aspirations des écologistes les plus volontaristes, exige également une forte croissance pour une raison simple à comprendre : l’économie moderne ne prend pas en compte -au sens le plus littéral du terme- ce que les spécialistes appellent les externalités : cela signifie qu’on compte pour zéro l’appauvrissement de la planète que représentent la diminution des stocks de ressources non renouvelables et l’accumulation des pollutions.

La transition écologique consiste à réintégrer ces éléments dans le calcul économique, non par des artifices comptables, mais d’une part en remplaçant dans la réalité les éléments fournis gratuitement par la nature par des ressources renouvelables, donc produits par l’homme et d’autre part en combattant les effets des productions polluantes, ce qui est parfois possible à coût identique mais requiert le plus souvent davantage de ressources : ainsi, l’abandon des produits phyto sanitaires en agriculture exige par exemple beaucoup plus de travail pour entretenir les sols.

Au total, à population mondiale constante – alors qu’il est prévu qu’elle augmente de 50% d’ici la fin du siècle -pour maintenir simplement le niveau de vie actuel, il faudrait une croissance de 60 % du PIB.

Si l’on ajoute les besoins résultant de l’augmentation de la population et un doublement des ressources des 30 % de la population en dessous ou proches du seuil de pauvreté, c’est un triplement du PIB mondial qu’il faudrait viser, c’est-à-dire un taux de croissance annuel minimum de 1.5 %.

Dans tout système complexe, les évidences premières n’apparaissent telles qu’en raison de l’ignorance de tout ce qui, précisément, fait système et les décisions prises sur cette base ont des effets contraires aux effets recherchés, d’autant plus d’ailleurs qu’elles sont prises avec passion et leur application poursuivie avec obstination.

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