Et si la pandémie s’installait durablement ?

Publié en janvier,2021
Jean-Claude Seys

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.


Depuis près d’un an, les spéculations alarmistes entretiennent inquiétudes et pessimisme de manière excessive. L’industrie pharmaceutique a conçu plusieurs types de vaccins en un temps record et des traitements suivront bientôt. Mais même un optimisme raisonné n’interdit pas de se poser la question, dans l’esprit du principe de précaution, de l’installation durable de la pandémie ou de la récurrence fréquente de crises de nature comparable.

Cette évolution est suggérée par la multiplication des épidémies au cours des vingt dernières années : SRAS, H1N1, méningite bactérienne, Ebola, Covid-19… Et  par le développement de facteurs susceptibles de les favoriser : la généralisation des contacts à travers le monde fait qu’il n’y a plus de niche écologique isolée. La croissance démographique met les équilibres naturels sous tension. Adapté au cours des millénaires passés à un environnement naturel, l’homme se trouve désormais confronté à un environnement nouveau, face auquel son organisme n’a pas développé de mécanismes de défense : pollution chimique de l’air et des eaux, multiplication des ondes électromagnétiques, rayonnements naturels ou résultants de l’activité humaine, changement climatique, destruction d’écosystèmes et dégel du permafrost susceptibles de libérer des éléments pathogènes auxquels l’espèce n’est plus habituée, etc…

Comment réagirions-nous ?

L’homme est toujours prêt à abandonner ce dont il jouit pour tenter de conquérir ce qui lui manque, risquer sa vie pour gagner de la liberté et sacrifier sa liberté pour avoir du pain.

La maladie, surtout parmi les populations opulentes et vieillissantes de l’occident, positionnerait la quête de la santé comme objectif suprême auquel tout devrait être subordonné, bien avant la richesse et les plaisirs de son emploi ou la liberté. Les partis politiques à tendance autoritaire devraient s’en trouver renforcés au motif de la nécessaire restriction des libertés afin de maîtriser l’épidémie, comme on l’entrevoit déjà. Cette tendance une fois installée devrait se renforcer par le souci de brider les réseaux sociaux dont l’existence constituerait un frein. A la glorification de la consommation devrait succéder la modération parce que la pandémie réduit l’offre, supprime les tentations de consommation liées à la vie sociale et parce que les régimes coercitifs doivent consacrer davantage de ressources à des emplois collectifs au détriment de leur usage privé. Le chômage devrait logiquement progresser, du fait de ces contraintes et de la poursuite du progrès technologique. Mais le souci de contrôler la situation devrait conduire les États à la création d’emplois non productifs dans le contrôle bureaucratique et de pseudo-emplois visant à enrôler, sociabiliser et contrôler des personnes rendues inutiles par le refus de nouveaux progrès. On le constate déjà.

Cette évolution trouverait un écho dans la situation géostratégique internationale. L’accès de la Chine à une position dominante, ressentie comme menaçante, la montée en puissance de l’Inde, la perspective d’un relais par l’Afrique et enfin la pression démographique de l’Islam ne peuvent que susciter une angoisse obsidionale dans des populations obsédées par la santé et désorientées par leur perte d’influence. On a ainsi pu constater combien les élites de l’Empire Autrichien, ramené à la taille d’une province à la fin de la première guerre mondiale, avaient pu en être déboussolées.

L’effet de ces évolutions serait renforcé par la poursuite de la montée en puissance de pays émergents, entrainant un rééquilibrage des niveaux de vie relatifs, au profit des plus pauvres.

Le nationalisme de ceux qui se sentiront menacés, la bureaucratie qui se veut protectrice, le conservatisme naturel d’une population vieillissante constituent autant de forces visant au maintien des situations passées, mais contribueraient de fait à leur écroulement.

 

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