Et après ?…

Publié en août,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’épidémie de Covid-19 est à ce jour plus ou moins contenue grâce aux mesures de confinement prises par tous les gouvernements. Celles-ci ont déstabilisé l’économie mondiale et l’heure est venue de tenter de la remettre sur des rails. Exercice d’autant plus difficile que si la cause en apparaît momentanée, les remèdes doivent prendre en compte la transition écologique, c’est-à-dire passer pour partie par des réformes structurelles.

Il peut être intéressant de se poser à ce stade la question de ce qui adviendrait en cas de rebondissement de la pandémie, voire de sa transformation en endémie avec un niveau de létalité assez élevé, par exemple en hausse potentielle de 10% du nombre de décès annuels.

C’est une perspective peu probable car les laboratoires finiront par trouver des vaccins et des traitements, comme ils l’ont fait pour toutes les grandes maladies infectieuses. Mais il faut se poser la question afin d’apprécier les conséquences des décisions à prendre pour gérer les risques sanitaires et économiques.

D’ailleurs, si cette pandémie s’éteint ou se banalise avec un faible taux de mortalité, d’autres surviendront en raison de la croissance démographique mondiale, des échanges internationaux et du changement climatique. Les hommes n’ayant, par construction, jamais développé de résistances aux nouvelles agressions, d’autres crises comparables sont probables.

Les sociétés peuvent opter pour deux attitudes :

    • • Un nouveau repli sur elles-mêmes, moindre sans doute que lors du confinement de ce printemps mais aux conséquences plus graves encore. Au début d’une crise, on bénéficie en effet de stocks de biens de toute nature dont l’épuisement conduit progressivement à se contenter de la production qui subsiste.
    • • L’acceptation d’un sacrifice récurrent de vies à ce nouveau Léviathan afin de permettre à la société de fonctionner.

Le choix des sociétés dépendra de leur composition. Selon la proportion de jeunes, d’actifs, de personnes vulnérables, elles feront des choix différents. Dans les sociétés riches et vieillissantes comme la nôtre, on peut penser que le parti du repli serait très important : mener une vie étriquée sur le plan économique mais tranquille convient à beaucoup, on l’a vu à l’occasion du confinement. C’est le choix naturel du 4ème âge et de ceux qui partagent prématurément sa culture. C’est également accepté par ceux qui travaillent sans beaucoup de satisfaction et trouvent qu’être payés un peu moins pour rester chez soi n’est pas catastrophique. Ils pourraient être rejoints par des jeunes soucieux de l’avenir de la planète ou désirant simplement mener une vie simple et sans contrainte derrière leur écran d’ordinateur.

Les sociétés jeunes des pays émergents seront portées au choix opposé : elles ont de l’énergie, elles aspirent à un niveau de consommation supérieur et à prendre en main leur destin. Elles acceptent l’idée que la mort est un évènement dramatique mais naturel. Elles seront rejointes, dans les pays développés par ceux qui sont prêts à accepter une réduction de la population pour protéger la biodiversité et plus généralement la planète.

Les gouvernements vont devoir arbitrer entre ces conceptions opposées. En France et dans les pays comparables, les partisans du repli seront portés par l’effet anesthésiant de la richesse ancienne qui reste sensible bien après que les stocks de marchandises qui rendent supportable le début des crises auront disparu. Comme d’habitude, les plus favorisés auront l’illusion que ce sera aux autres de supporter les conséquences les plus dures et les moins favorisés penseront que l’État pourvoira par des mesures sociales aux besoins qu’un salaire ne satisfera plus.

Parmi les baumes qui rendent la vie supportable, la culture subsiste toute la vie et sa régression n’a d’effets que très progressifs et peu visibles dans l’immédiat : On peut continuer à délivrer des diplômes dont le contenu s’amenuise comme la valeur de la monnaie soumise au frai.

Par ailleurs, des jeunes venant de pays émergents et participant de la culture de l’autre groupe seront disposés à prendre en charge nos corvées en nombre de plus en plus grand. D’ores et déjà, même si le problème de l’immigration est un thème couramment évoqué en politique, le fait qu’une multitude d’emplois, parmi les plus indispensables, ne seraient pas pourvus sans elle – légale ou clandestine – est délibérément ignoré, sa mesure étant même interdite.

Cela ralentirait notre chute. Mais une dégradation même lente finirait par créer une situation catastrophique et attirer des prédateurs aguichés par les vestiges du passé et les opportunités délaissées par les autochtones.

Les gouvernements qui voudront éviter cette évolution funeste devront faire preuve de courage, affronter notamment le politiquement correct pour lequel une vie n’a pas de prix et requiert de la société des sacrifices sans limite. Il faut certes protéger au maximum la population et accepter des sacrifices financiers, mais pas cent ou mille fois plus pour les victimes de nouvelles pathologies que pour celles qui ne constituent plus une source de sensationnel pour les médias.

Les crises ne sont jamais désirées. Pénibles pour tous et cruelles pour certains, elles permettent aux sociétés qui réagissent avec courage de s’affranchir des entraves du passé.

 

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