épargne et gout du risque

Publié en mars 2020

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les Français ont le goût de l’épargne. Celle-ci représente chaque année 15 % environ de leur revenu et leur patrimoine global sept fois celui-ci, ce qui constitue un record mondial. Mais ils se caractérisent aussi par leur propension à rechercher des placements sûrs ou réputés tels, en particulier on le sait, le fameux livret A, l’assurance-vie traditionnelle et l’immobilier.

L’intérêt du pays, au plan macro-économique, serait évidemment une plus large acceptation du risque.

Comment infléchir cette situation?

Le fond de la culture française n’est pas favorable au capitalisme. Par ailleurs les petits actionnaires ont souvent été maltraités. Les investissements dans les start-up ont été, pour les particuliers, une source importante de déboires. Beaucoup de concepts séduisants ne trouvent pas leur marché. Les responsables des start-up qui ont un bon projet ne sont pas toujours capables de le mettre en œuvre et lorsque tous les signaux sont au vert, ils ont une fréquente tendance à oublier le service que leur ont rendu les actionnaires au départ et accaparent une part confiscatoire de la valeur.

Construire sur ces bases n’est pas évident.

Les avantages fiscaux parfois consentis par l’État pour corriger cette situation ont plusieurs inconvénients. Certes ils attirent efficacement l’épargne car les Français sont prêts à se ruiner pour grappiller quelque réduction d’impôt. Mais ils sont globalement coûteux pour les finances publiques, et bénéficient en pratique davantage aux professionnels qui gèrent ces dispositifs qu’aux investisseurs. De plus, le mouvement de souscription suscité s’arrête généralement avec la cessation de l’incitation fiscale car le public considère que si un avantage fiscal est nécessaire pour rendre un placement attractif, c’est qu’il ne l’est pas intrinsèquement.

Bien évidemment le risque de l’investissement existe mais se trouve en règle générale récompensé par une plus forte rentabilité sur la durée. Par ailleurs les Français ne sont pas hostiles à toutes les formes de risque : gros souscripteurs d’obligations d’État, ils n’ont jamais été découragés par les déboires que leur a valu cette passion (emprunts russes, ruine des porteurs après les deux guerres mondiales, etc…).

Il convient donc d’imaginer des mécanismes qui transforment une fraction de la rentabilité attendue des actions sur le long terme en une moindre volatilité et un éloignement de l’entreprise dont se méfient les épargnants et réciproquement pour les obligations.

La transformation d’une part de la sécurité en davantage de rentabilité a déjà été recherchée à travers certains dispositifs tels que le contrat d’assurance « euro croissance » promu par les pouvoirs publics. Les assureurs sont uniquement tenus de garantir, au terme du contrat, l’absence de perte en capital et non à tout moment le capital et les profits déjà réalisés, ce qui permet d’investir davantage en actions et d’espérer une rentabilité supérieure.

Dans le monde bancaire, des dérivés offrent aux souscripteurs une performance reflétant celle d’un portefeuille d’actions mais limitent la rémunération du souscripteur en contrepartie d’une importante réduction de son risque.

L’ensemble de ces considérations devrait conduire à deux types d’innovation :

• La création de titres représentant un portefeuille d’actions disposant d’une garantie limitant le risque sur une période prolongée : une banque ou une compagnie d’assurances accepterait de garantir un pourcentage du capital en contrepartie d’une prime annuelle ou d’une fraction de la profitabilité. Ce mécanisme serait proche des dérivés mais devrait maintenir un lien réel entre l’investisseur et les titres, qui n’est que virtuel dans les dérivés, afin de développer l’attrait pour les actions elles-mêmes.

• la création d’un avantage fiscal, non sous forme de compensation d’une partie du prix de souscription ou de la non-imposition des profits mais de déduction des pertes éventuelles du revenu global imposable. Ce dispositif serait moins coûteux pour les finances publiques et plus justifiable moralement que les avantages accordés lorsque le placement peut être avantageux en lui-même.

 

 

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