Elections européennes

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le monde est complexe et chaque individu qui compose la population d’un pays n’en a qu’une appréhension très imparfaite, déformée par le prisme de sa situation personnelle. Le point de vue de chacun est tributaire de sa situation dans l’espace et dans le temps, de son positionnement économique et social, de ses traits psychologiques.

La démocratie demande à l’ensemble de la population ainsi constituée de décider de ce qu’il faut faire face à des problèmes complexes. C’est un paradoxe.

Pourtant, on a bien souvent le sentiment que le peuple juge collectivement mieux que chacun des éléments qui le composent, et que les élites qui le dirigent.

La raison en tient peut-être à ce que James Surowlecki appelle la sagesse des foules. On pourrait faire un rapprochement avec les « big data » :  du sens se dégage d’une masse importante d’informations même si celle-ci en semble a priori dépourvue.

Les élites ou soi-disant élites ont une appréhension des problèmes meilleure que la moyenne, mais elle est toujours insuffisante. Le problème est qu’il n’est pas sûr que l’effet de masse de la sagesse collective arrive toujours à compenser ce déficit.

Les élections européennes en ont donné une nouvelle illustration, qui est apparue clairement dans le contraste entre résultats et commentaires.

Les élites tendent à attribuer les résultats du vote à une incompréhension des enjeux par l’électorat, probablement due à un défaut de communication. Ce dernier point est systématiquement évoqué par les perdants des élections, alors que personne n’échappe à un puissant rabâchage médiatique qui réussit, sur la durée, à faire régner un « politiquement correct » généralisé. Si défaut de communication il y a, c’est bien plutôt que le but de celle-ci n’est pas d’apporter une information à l’intelligence des citoyens, mais de lobotomiser en masse de la société.

Certains ont regretté que les électeurs n’aient pas pris en compte la contribution de l’Europe à la paix et à la prospérité après la Seconde Guerre mondiale. Mais les électeurs, qui s’en réjouissent, savent que paix et prospérité ont existé ailleurs qu’en Europe. Ils savent aussi que, concernant la France, l’essentiel de son développement s’est fait au cours des Trente Glorieuses. Or celles-ci ont débuté avant l’Union européenne, qui n’a commencé à être mise en place,  sous un format très limité, que dans la seconde partie de la période

La plupart des habitants de l’Europe aiment l’Europe et apprécient de pouvoir voyager, étudier et commercer librement chez leurs voisins. Mais il a fallu mille ans pour réunir, le plus souvent par la force, les populations voisines et souvent proches à bien des égards qui constituent aujourd’hui les nations. Les européens n’estiment pas possible de faire l’équivalent sur l’ensemble d’un continent en quelques années. La création de monnaies uniques dans les pays ainsi créés a entraîné d’amples mouvements migratoires et de capitaux vers les zones à fort potentiel économique et chacun ressent que l’équivalent devrait avoir lieu pour l’Europe, sans que ceci ait été dit ni souhaité.

Les commentaires les moins pertinents cependant ont été ceux qui ont ignoré ou feint d’ignorer que les critiques que certains électeurs adressent à l’Europe n’ont pas le fonctionnement de celle-ci pour cause, mais notre incapacité de choisir entre deux voies possibles pour l’organiser : l’approfondissement ou l’extension. En voulant les deux simultanément, au mépris des enseignements de l’histoire, les décideurs ont délibérément choisi la voie de l’échec.

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