Démocratie

Publié en mars 2014

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les électeurs qui vont être prochainement appelés aux urnes sont passablement désabusés et beaucoup ne vont pas faire l’effort d’aller voter. Cette distanciation par rapport à un acte fondamental, qui peut aller de l’indifférence à la protestation bruyante est, en règle générale, attribuée à la mauvaise gestion des dirigeants. Le fait que cette attitude subsiste après des changements de dirigeants et que le phénomène puisse être constaté dans de nombreux pays suggère pourtant qu’il a des causes plus profondes et probablement structurelles.

L’idée même de démocratie est née dans des entités politiques dont la population était relativement homogène, et le corps politique plus homogène encore puisque seule une partie de la population participait au vote. À Athènes, par exemple, il fallait être propriétaire pour être citoyen.

Dans un corps homogène, des dissensions peuvent exister, mais les raisons en sont moins nombreuses. Les démocraties d’aujourd’hui ont atteint un degré d’hétérogénéité très élevé. La religion, ou son absence, la richesse en quantité ou sous ses différentes formes, les différentes cultures tendent tous à la création de nombreux groupes ou communautés. Mais en outre, comme le rappelle Hannah Arendt, le domaine du politique s’est extraordinairement développé, au détriment de la vie privée. Les Athéniens débattaient de la guerre, de la construction d’un temple et de l’ordre public ; les gouvernements d’aujourd’hui s’interposent entre le père de famille et ses enfants, s’intéressent à la taille des pommes et à la rectitude des carottes. La population est donc appelée à avoir un point de vue sur un grand nombre de sujets, qui ne sont pas nécessairement corrélés, ce qui définit, en les combinant, une infinité de programmes politiques possibles. Les candidats et, a fortiori, les élus ne peuvent tous les actualiser. En conséquence, des électeurs ne trouvant pas dans les programmes proposés un reflet suffisant de leur propre éventail de convictions. D’autres s’abstiendront. D’autres voteront pour des candidats qui ne seront pas élus, et beaucoup de ceux qui auront contribué à la victoire du gagnant auront fondé leur choix sur une partie seulement du programme du candidat (mariage pour tous ou action pour l’emploi des jeunes, par exemple) tout en étant opposés à sa politique sur d’autres thèmes.

Au total, l’hétérogénéité croissante de la population et l’extension simultanée du champ politique conduisent à la création d’une majorité de mécontents et à l’impuissance des gouvernements. Cela, tant que quelque catastrophe ne rétablit pas une priorité commune à une majorité de citoyens.

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