Déclin ou pas ?

Publié en 2015
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

De nombreuses voix s’élèvent pour regretter le déclin de la France. D’autres contestent cette thèse en taxant ses auteurs de déclinisme – attitude négative non fondée selon eux, voire responsable des maux qu’elle dénonce.

La question n’a, à proprement parler, aucun sens. Pour affirmer qu’il y a déclin ou progrès, il faut un repère et une mesure de l’évolution. Dire que la température progresse a un sens. Pour des situations caractérisées par de multiples dimensions incommensurables, il est impossible de se représenter de façon synthétique la direction du mouvement.

Aussi la sensation de déclin, si elle est ressentie, ne peut-elle être que le résultat d’une appréciation subjective, à partir de critères importants pour celui qui l’éprouve. La perte de ses privilèges a dû être ressentie comme la fin du monde par une partie de l’aristocratie et celle des empires coloniaux par ceux qui avaient intégré leur existence comme un élément permanent de la grandeur du pays.

Chacun peut trouver dans le maelstrom de changements qui se produisent en permanence de quoi justifier pessimisme ou optimisme. Les évolutions négatives sont toutefois vivement ressenties par ceux qui les subissent, tandis que les évolutions positives n’apparaissent pas toujours immédiatement à ceux auxquels elles bénéficieront. La  transformation de la France en désert à cause du changement climatique serait une catastrophe pour ses habitants actuels et une excellente nouvelle pour les chameliers, qui ne se posent toutefois pas encore la question.

Un bon exemple est donné par la contestation des indices de prix. Les consommateurs sont sensibles aux hausses de prix et peu aux baisses, notamment à celles qui leur rendent accessibles certaines consommations. La baisse du prix des téléphones portables n’apparaît pas comme une compensation de la hausse du prix du steak. Elle peut même se traduire par un sentiment de contrainte financière supplémentaire imputable au niveau général des prix alors que c’est une consommation nouvelle qui en est la cause.

Tout changement implique des perdants, plutôt du côté des situations acquises, du moins pour ce qui est du ressenti (les travailleurs sont plus sensibles à l’évolution qui leur fait perdre leur emploi que les chômeurs dont la même évolution rend leur sortie du chômage plus problématique). Il implique aussi des gagnants.

Le déclinisme, si on veut vraiment lui donner un sens, serait de se résigner à ne pas faire partie de ces derniers.

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