Culture étatique et e-santé

Publié en 2016
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Une étude du pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques (PIGAME) met en évidence que la France reste largement en retard en matière d’e-santé (ehealth en anglais), par rapport aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Japon et la Corée du Sud.

Le terme d’e-santé (ou télésanté) désigne l’ensemble des aspects numériques touchant de près ou de loin notre santé.

Plutôt que de s’étonner de cette piètre performance, il faudrait considérer, qu’elle est étonnamment bonne compte tenu de l’histoire industrielle de notre pays. En effet, toutes les grandes réussites françaises sont nées à l’instigation et sous le contrôle des pouvoirs publics. Pensez à l’armement, l’énergie, les chemins de fer, nos grandes infrastructures. Certaines de nos réussites technologiques n’ont pas eu d’avenirlorsqu’il a fallu les confronter aux dures réalités du marché. Pensez au Paquebot France, au Concorde ou encore au Minitel. D’autres ont foiré dès le début parce que le marché avait précédé l’initiative publique. Citons comme exemple fameux, le « plan Calcul », le grand programme informatique voulu par le général de Gaulle.

Parmi les activités qui ont bien réussi,  la grande distribution paraît être une exception. N’est-elle pas une activité de marché pur ? En fait, l’État a eu le désir de faciliter son développement et les moyens de la tenir dans sa dépendance. Son intérêt était à la fois social (peser sur les coûts de distribution pour améliorer le niveau de vie) et politique (remplacer un commerce représenté par des milliers de commerçants indépendants et incontrôlables par une poignée de dirigeants dépendants). Le contrôle des implantations par l’État était à plus forte raison accepté par les dirigeants des groupes qu’il leur permettait de s’organiser en oligopoles d’autant plus efficacement qu’ils n’étaient implantés, des années durant, qu’en France.

L’État et ses avatars se considèrent comme seuls désignés et capables de prendre en charge le bien public. Or la santé figure au cœur de celui-ci.

L’e-santé, comme toutes les applications du numériques, se caractérise au contraire par le foisonnement des initiatives et la prééminence du marché.

Pour un monopole d’État, il s’agit, à l’évidence, du mal absolu. L’État tolère son existence parce qu’il s’agit d’un processus marginal. Il n’en favorisera le développement que s’il y trouvait les moyens de renforcer son propre pouvoir.

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