Croître pour la planète

Publié en 2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La croissance est devenue l’ennemi de tous ceux qui veulent sauver la planète : pour autant, sachant qu’un tiers de la population vit mal ou très mal, et qu’un nombre équivalent d’habitants supplémentaires de la terre est attendu dans les pays pauvres, on ne voit pas comment les amener à un niveau de vie décent sans croissance. La réorientation d’un volume élevé de la richesse actuelle des habitants les plus riches rencontrerait une résistance violente, car elle devrait toucher tout le monde de manière substantielle pour bénéficier à ce qui sera demain la moitié de la population mondiale. Par ailleurs, prendre la richesse où elle se situe pour la transférer ailleurs est bien souvent totalement impossible : le mètre carré, même inutile, de logement dans les pays riches ne peuvent se déplacer, pas plus que les autoroutes ou les hôpitaux : il faut en construire de nouveaux, ainsi que former de nouveaux maîtres et bâtir de nouvelles écoles.

L’opposition entre partisans de la décroissance économique et ceux qui sont persuadés de la nécessité absolue de la croissance repose pour partie sur une mauvaise compréhension des indicateurs économiques, au premier rang desquels l’évolution du PIB.

Il est désormais largement admis que les principaux indicateurs économiques ont perdu leur pertinence, notamment le PIB qui omet la prise en compte des externalités et enregistre comme autant de progrès la production d’un bien et les actions rendues nécessaires pour lutter contre ses effets négatifs sur la planète.

Ceux qui sont contre la croissance estiment que la course pour disposer de plus en plus de biens, plus de nourriture, plus d’automobiles, plus de m2 est nuisible, tout en apportant des satisfactions marginales de peu d’intérêts.

Juger de l’utilité d’un bien ou d’un service est très subjectif : il est vrai que l’utilité marginale d’une grosse voiture ou d’un gros steak par rapport à de plus petits est réduite, mais s’il est assez facile de partager un gros steak en plusieurs portions, cela n’est pas le cas de la voiture. Il faut reconsidérer l’appareil de production et plus encore si l’on veut lui substituer des transports collectifs : arrêter la production actuelle ou la ralentir pose d’énormes problèmes avant qu’une nouvelle production, d’une autre nature et la plupart du temps ailleurs, ne devienne une réalité.

En fait la conservation de la planète et un niveau de vie décent pour tous exigent une forte croissance mais une croissance différente et différemment prise en compte : il faut remplacer les techniques de production dont l’efficacité apparente tient à la non prise en compte des externalités par d’autres qui les évitent. Ainsi le remplacement des énergies fossiles qui coûtent peu – comme le pétrole et le gaz – parce que l’appauvrissement des réserves n’est pas pris en compte – par des énergies nouvelles ayant un fort contenu en main d’œuvre et en capital se traduira, à production physique identique, par une hausse du PIB. Il en sera de même – par exemple, du remplacement des traitements phytosanitaires par du travail humain d’arrachage des mauvaises herbes ou autres pratiques écologiques.

C’est une bonne évolution de la planète et la substitution, dans de nombreux cas, du travail à du capital, devrait, en même temps favoriser la réduction du chômage et celle des inégalités.

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