Crise sanitaire : la cascade de conséquences

Publié en septembre,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les conséquences de la pandémie du Covid-19 sont de plusieurs ordres : sanitaire, économique et sociale, mais également psychologique.

La crise sanitaire a été cruelle et brutale. Son impact global sur la société sera cependant faible et, sauf rebondissement, les conséquences démographiques en seront limitées.

La crise économique et sociale, quelque peu différée en raison de l’existence de stocks de biens au moment du coup d’arrêt imposé à l’économie et des mesures d’aides prises par l’État, aura à terme des conséquences beaucoup plus importantes. On commence déjà à les entrevoir et à chercher à les enrayer ; les gouvernements engagent des centaines de milliards pour rétablir une situation globalement comparable à celle qui préexistait à la crise, sans certitudes sur leurs effets réels et le temps nécessaire à la production de résultats. En tout état de cause, des entreprises auront fait faillite et beaucoup de travailleurs, salariés ou indépendants, auront perdu définitivement leur emploi.

Les conséquences psychologiques ont été modérées et ambigües mais seront plus durables. Beaucoup de nos concitoyens ont eu peur et sont restés terrés chez eux. Or les conséquences d’une angoisse très partagée ne sont jamais positives pour une société et le Covid-19 s’ajoute à des causes qui se multiplient. De plus, le vieillissement de la population en potentialise les effets. L’angoisse, si répandue autrefois (cf. la peur au moyen-âge de Samuel Sadaune) s’était estompée avec la paix externe et interne, la sécurité économique et l’amélioration du système de santé. Désormais elle revient avec force et la répétition des messages anxiogènes véhiculés par les médias tétanise des populations élevées dans l’idée que la sécurité leur était due et assurée. C’est la première fois dans l’histoire que l’ensemble de la population est soumise à pareil matraquage. De plus, un effet d’éviction a formidablement réduit la communication sur tous les autres sujets, créant une atmosphère de repli sur soi et d’enfermement. Même les religions les plus présentes dans la vie de leurs adeptes n’ont jamais réussi à s’imposer d’une manière aussi permanente à leur conscience, sauf peut-être dans les territoires contrôlés par Daech.

Malgré cela beaucoup de personnes ont apprécié de ne pas avoir à travailler sans grande perte financière et d’autres ont été contentes de rester chez elles en famille et de ne plus avoir à affronter les trajets entre leur domicile et leur lieu de travail.

Le lien entre survie et travail n’existe plus dans les sociétés modernes développées : travailler a donc cessé d’être un objectif en soi pour devenir une contrainte qui, pour beaucoup, s’oppose à la qualité de la vie. Le Covid-19, en permettant d’expérimenter une vie sans travail ou avec des contraintes allégées, a renforcé ce sentiment au point de rendre difficile l’organisation du retour de certains au travail.

Les valeurs de proximité promues en vain pendant des années par les écologistes sont ressorties renforcées du confinement.

D’autres conséquences peuvent résulter d’aspects plus marginaux de la crise. Le port du masque est peut-être anodin mais peut-on penser que l’envie de prendre une initiative de quelque nature que ce soit n’est pas affectée par le port permanent d’un bâillon ?

La distanciation obligatoire ne peut pas ne pas avoir de conséquences en matière de relations humaines. Le rappel permanent que l’autre est une menace ne parait pas de nature à favoriser la qualité des relations humaines et la multiplication des incivilités l’indique clairement.

Toutes ces difficultés poussent au repli sur soi ou dans la bulle familiale ou amicale, ce qu’encouragent les médias numériques qui offrent en alternative une socialisation médiatisée.

Bien d’autres comportements nouveaux sont en train d’émerger. Pour le meilleur ou pour le pire ? à chacun d’apprécier mais probablement pour les deux, dans des proportions variables pour chacun.

Globalement, en tant que rappel de la vulnérabilité humaine et du fait de la cure de non consommation, partiellement volontaire, due au virus, on peut penser que les tendances au repli, au conservatisme et à l’intolérance vont se trouver renforcées en même temps qu’une plus grande réceptivité à la transition écologique.

 

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