Comptabilité

Publié en 2016
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les intellectuels et les bons esprits, ainsi que ceux qui se piquent de l’être, n’ont que dédain pour la comptabilité, cet art du boutiquier.

C’est oublier que la préoccupation du boutiquier a conduit à l’invention de l’écriture et, pour les politiques qu’elle a été l’un des outils à l’origine de la création d’entités politiques étendues et donc des Etats.

Plus regrettable encore, cela conduit à ignorer la base philosophique de la comptabilité : en économie, comme dans la nature en général, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Il en découle qu’à tout actif correspond un passif, à tout débit un crédit de même montant.

L’actif est concret, le passif abstrait.

L’actif est présent, le passif passé ou futur. On peut s’emparer d’un actif, l’utiliser, le détruire. Le passif est un droit, un vecteur de pouvoir. On ne peut pas le saisir, tout au plus l’usurper. Le passif est un frein apporté par la civilisation à la prédation.

On comprend que la reconnaissance du passif et de sa consubstantialité à l’actif irrite les politiques puisqu’il limite leur pouvoir et rappelle l’existence qu’en face de tout ce qui existe il y a nécessairement un passif.

 

La comptabilité peut ne pas traduire la réalité, enregistrer l’actif sans le passif, enregistrer une production sans le passif représenté par les externalisatités.

Ce n’est pas une insuffisance de la technique, mais un mésusage délibéré d’un instrument fait pour comprendre le monde, utilisé pour en corrompre la perception, telle qu’on la connaît après des siècles d’évolution.

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