Catastrophe et politique

Publié en mars,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Tout pays connaît, au cours de son histoire des évènements qui affectent douloureusement sa population. Ces catastrophes, quelle qu’en soit la nature, ont un impact important sur la vie politique du pays, mais très différent selon leur caractère local ou national.

Les démocraties modernes souffrent en effet, du fait de leur hétérogénéité sociale, culturelle ou économique, de leur difficulté à parvenir à des consensus pour prendre des décisions, ce qui leur aliène d’ailleurs les citoyens responsables de cette faiblesse.

Lorsqu’un évènement, dramatique mais local ou régional se produit, la variété des opinions politiques présentes dans le pays va non seulement subsister, mais trouver un nouveau champ d’expression dans la manière de gérer la crise, ce qui va contribuer à affaiblir le gouvernement.

Lorsque la catastrophe est nationale, l’effet est radicalement différent : les multiples problèmes autour desquels s’organise le débat politique courant se trouvent marginalisés. Cela ne signifie pas qu’il y a consensus sur la conduite à tenir par rapport à la crise, mais sur le fait que ce problème doit passer avant tous les autres. Les oppositions, souvent majorités, du fait de la réunion des partis qui seraient opposés dans l’action, se trouvent affaiblis et le gouvernement, s’il ne commet pas d’erreurs grossières, renforcé.

La vie politique s’en trouve simplifiée, la société devient gérable. Cette simplification peut permettre à un dirigeant d’obtenir des résultats inatteignables en situation normale et d’apparaitre comme un grand homme alors que ses qualités ne lui eussent servis à rien dans les batailles politiques ordinaires.

Le coronavirus ne fait pas exception. On ne parle plus de retraites, de l’assurance chômage, et du 49.3. Les opposants les plus vindicatifs à l’égard du gouvernement lui abandonnent terrain et écrans pour organiser la résistance au virus.

Là où le moindre milliard de recettes ou de dépenses était l’occasion de vives oppositions, le plan de sauvetage de l’économie de centaines de milliards ne fait pas débat et le président, considéré hier comme dépassé, se trouve en position de chef de guerre reconnu.

C’est le paradoxe des démocraties d’être plus aptes à faire face à des crises graves qu’à résoudre des problèmes courants : ce qui semble les menacer assure leur régénérescence.

 

 

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